Après un séjour dans la quatrième dimension, toute l'équipe de KBD remet les pieds sur terre en ce mois d'avril. C'est parés de nos plus beaux treillis que nous allons vous emmener sur les
sentiers de la guerre en BD. Il s'agit en effet d'un thème très vaste, qui a inspiré de nombreux auteurs (le neuvième art ne fait bien évidemment pas exception) et a été traité de nombreuses
manières.
On va donc tâcher de vous offrir un petit aperçu de la diversité et de la richesse de cette thématique. Pour commencer, nous nous sommes rendus en Espagne avec le roman graphique L'Art de
voler d'Antonio Altarriba (scénario) et Kim (dessin). Cet ouvrage résulte d’un travail de mémoire et de deuil car le père d’Antonio Altarriba (qui s’appelle également Antonio), alors âgé de
90 ans, s’est suicidé le 4 mai 2001 en sautant du 4ème étage de la maison de retraite où il résidait. Son fils -pour lui rendre hommage- va alors raconter l’histoire de son père, laquelle est
mêlée très étroitement à l’Histoire de l’Espagne du XXème siècle dont il aura eu à vivre toutes les affres.
L’art de voler se compose en 6 parties de longueurs différentes. Dans la première, on voit Antonio se préparer pour son dernier vol, avec en voix off, son fils qui explique la démarche
de l’album et dont j’ai tiré la citation suivante :
« Ainsi, je conterai la vie de mon père à travers ses yeux, mais de mon point de vue. Je peux donc certifier qu’il se suicida de cette manière. Je peux également affirmer qu’en apparence cela
dura quelques secondes… Mais qu’il mit en fait quatre-vingt dix ans à tomber du quatrième… »
Commence alors pour le lecteur la chute des quatre étages, lesquels vont tous retracer une période de la vie d’Antonio : au troisième étage on découvre sa vie de 1910 à 1931, au second c’est de
1931 à 1949, le premier étage retrace la période s’étalant de 1949 à 1985 et pour finir le sol nous emmène de 1985 jusqu’à sa mort en 2001. La dernière partie de l’œuvre est un prélude dans
lequel Antonio (fils) explique comment L’Art de voler a vu le jour et à quel point cet ouvrage était important pour lui.
Autant dire qu’Antonio Altarriba (père) a eu une vie bien remplie, comme en témoignent les 200 et quelques pages de cet album qui retracent son parcours et le contexte historique espagnol du
siècle dernier. Tout commence lorsqu’âgé de 8 ans, le jeune Antonio Altarriba est retiré de l’école par son paternel, afin d’aider aux travaux des champs. Pour le jeune homme qui ne rêvait que de
s’instruire pour pouvoir quitter la campagne et partir s’installer en ville, la désillusion est rude, ce n’est d’ailleurs là que la première d’une longue série…
A force d’efforts et de persévérance, Antonio est quand même parvenu à rejoindre la ville qui le faisait tant rêver, mais là encore il y connut principalement la misère et la dureté du travail.
Néanmoins certaines rencontres lui ont permis de s’ouvrir à l’anarchisme et de se forger des idéaux. Dès lors Antonio va essayer de se battre pour la liberté de l’Espagne et pour rendre la
société plus juste. Commence alors son long périple à travers l’Histoire, laquelle va le balloter et influer sur sa vie jusqu’à la fin de ses jours.
On suit donc le combat d'un homme ordinaire, loin d'être un "héros", même si ses pas l'ont souvent mené au cœur de l'action et des événements qui ont secoué l'Europe au cours du XXe siècle. A
travers ses yeux et son témoignage, on traverse en sa compagnie la guerre civile espagnole, les actions de la Centurie Francia, la dictature de Franco, la seconde guerre mondiale, etc... De quoi
apprendre énormément de choses. Tous les événements historiques sont très bien documentés et fidèlement retranscrits.
Antonio va souvent agir pour défendre ses convictions et se battre pour ses idéaux, malheureusement tous ses efforts ne seront pas toujours récompensés et il sera amené à faire des concessions. A
maintes reprises, il va mettre sa peau en jeu et faire de son mieux pour survivre à toutes les épreuves qui se dressent devant lui. Épris de liberté, il a rêvé de pouvoir s'envoler, mais au fil
du temps la vie lui a brisé les ailes et l'a ramené à la dure réalité, ce qui l'a fait sombrer dans la dépression pendant ses 15 dernières années, jusqu'à son suicide qui le libéra enfin.
Plusieurs de nos membres ont fait un rapprochement entre L'Art de voler et Maus d'Art
Spiegelman, car il est vrai que dans la démarche les deux œuvres peuvent se ressembler. Les deux fils racontent la vie de leur père, qui ont vécu des heures sombres de l'Histoire de l'Europe, et
chacun d'eux l'a fait principalement par culpabilité (même si celle ci n'est pas forcément exactement la même). Les deux albums sont devenus des témoignages historiques qui permettent aux
générations futures de ne pas oublier ces périodes de l'Histoire. Les deux auteurs ont également été surpris par le succès de leurs créations (tant public, que critique), lesquelles ont été
récompensées par plusieurs prix et ont été traduites dans de nombreuses langues.
En dehors de l'histoire de la vie bien remplie d'Antonio Altarriba, l'autre force de L'Art de voler vient du dessin de Kim (Joaquim Aubert Puigarnau) qui est très réaliste, entièrement
en noir et blanc et permet de donner vie aux personnages. Pour Yvan, il restitue parfaitement l'ambiance de l'époque et contribue à faire revivre l'évolution de l'Espagne. Oliv a trouvé le dessin
tout simplement splendide, sans trop de fioritures, très expressif et développé bien que parfois un poil chargé. Pour Mo' l'ambiance graphique est réaliste, le trait est délicat et riche en
détails. En dépit de son trait très réaliste, certains passages clés du récit, sont traités de façon onirique, livrant ainsi des symboles forts qui marquent les lecteurs. Il aura fallu 4 ans à
Kim pour réaliser tous les dessins de L'Art de voler, il a rendu les dernières planches de l'album le jour où le père d'Antonio aurait fêté ses 99 ans s'il ne s'était pas suicidé.
Les 5 membres de KBD qui ont lu cet album sont tous ressortis de leur lecture avec des impressions plutôt positives. Mo' a trouvé cet ouvrage intéressant même si son personnage n'est parvenu à la toucher que lors du dernier chapitre, mais elle a beaucoup appris sur les événements qui ont
agité l'Espagne au siècle dernier. Pour Oliv' c'est un récit
beau et instructif, la chronique d'une génération d'Espagnols à l'accent Catalan ! Il a trouvé l'histoire bien documentée, respectueuse, sincère et sans jugement, une cruelle fable sur la
renonciation, les illusions perdues, la ligne ténue entre les lumières de l'espoir et la noirceur de la réalité. Pour David F., il s'agit du récit véridique de la vie d'un homme humble, ayant essayé de traverser les événements tragiques de sa vie. Parfois courageux, parfois lâche, Antonio a tout
simplement été un homme, avec ses qualités et ses défauts. Pour Yvan, c'est l'histoire
d'un homme qui a tant vécu, sans jamais réussir à vivre sa vie, mais qui n'a jamais renoncé à prendre son envol vers la liberté. Un homme qui a tout vécu, sauf la vie dont il rêvait ! Pour ma part, je vous invite à découvrir L'Art de voler, qui a été l'un de mes coups
de cœur de l'an dernier et qui m'a permis d'apprendre énormément de choses sur l'histoire de l'Espagne au siècle passé.
Un album très fort ou l'histoire d'un homme croise celle de l'Histoire et qui nous a permis d'entamer la thématique de la guerre en BD du bon pied. Toute l'équipe de KBD se joint à moi pour vous
souhaiter à tous une bonne semaine et on vous dit à dimanche prochain pour la suite de la guerre en BD !!
Présentation du thème par le rédacteur mensuel :
« Avec Aâma je pense qu'on peut aborder un genre souvent laissé de côté dans la bande dessinée, à savoir la science-fiction. Délaissé parce que c'est un genre peu évident, car il faut du talent, je pense, pour apporter des choses nouvelles sur le sujet. Et je pense que Frederik Peeters a le talent qu'il faut pour qu'on apprécie de se plonger corps et (a)âme dans cette thématique. »
(Lunch)
Les titres envisagés pour construire le thème :
BD Franco Belge :
Aâma, tome 1 (Peeters), 2011, Gallimard
Aldebaran (Leo), série en 5 tomes, 1994 à 1998, Dargaud
Arzach (Moebius), 1976, Humanoïdes Associés
Arzak (Moebius), 2010, Glénat
Complexe du Chimpanzé, Le (Richard Marazano / Jean-Michel Ponzio), série en 3 tomes, 2007 à 2008, Dargaud
Croisière cosmos (Olivier Texier), 2008, Delcourt
Derniers jours d'un immortel, Les (Fabien Vehlmann / Gwen de Bonneval), 2010, Futuropolis
Fléau des dieux, Le (Valérie Manjin / Aleksa Gajic), série en 6 tomes, 2000 à 2006, Soleil
Guerre éternelle, La (Joe Haldeman / Marvano), série en 3 tomes, 1988 à 1989, Dupuis
Incal, L' (Alexandro Jodorowsky / Moebius), série en 6 tomes, 1981 à 1988, Humanoïdes Associés
Meta-Barons, La caste des (Alexandro Jodorowski / Juan Gimenez), série en 8 tomes, 1992 à 2003, Humanoïdes Associés
Morgana (Luca Enoch / Mario Alberti), série débutée en 2002, 4 tomes parus, Humanoïdes Associés
Nikopol, La trilogie (Enki Bilal), série en 3 tomes, 1980 à 1992, Dargaud / Humanoïdes Associés
Orbital (Sylvain Runberg / Serge Pellé), série débutée en 2006, 4 tomes parus, Dupuis
Sillage (Jean-David Morvan / Philippe Buchet), série débutée en 1998, 14 tomes parus, Delcourt
S.O.S. bonheur (Jean Van Hamme / Griffo), série en 3 tomes, 1988 à 1989, Dupuis
Universal War One (Valérie Manjin / Denis Bajram), série en 6 tomes, 1998 à 2006, Soleil
Urban (Luc Brunschwig / Roberto Ricci), série débutée en 2011, 1 tome paru, Futuropolis
Valérian (Pierre Christin / Jean-Claude Mézières), série en 21 tomes, 1970 à 2010, Dargaud
Valérian, vu par... (Manu Larcenet), 2011, Dargaud
Comics :
Do androids dream of electric sheep ? (Tony Parker), série en 3 tomes, 2011, Emmanuel Proust Éditions
Ocean (Waren Ellis / Chris Sprouse), 2010, Panini Comics
Manga :
Cité Saturne, La (Hisae Iwaoka), série débutée en 2009, 6 tomes parus, Kana
Demain les oiseaux (Osamu Tezuka), 2006, Delcourt
DNA² (Masakazu Katsura), série en 5 tomes, 1997, Tonkam
Ghost in the shell (Masamune Shirow), série en 5 tomes, 1996 à 2003, Glénat
Gunnm (Yukito Kishiro), série en 9 tomes, 1995 à 1998, Glénat
Planètes (Makoto Yukimura), série en 4 tomes, 2002 à 2005, Panini Comics
Nous avons décidé de conclure le mois consacré à la Science-Fiction avec un album réalisé par un auteur qui nous tient particulièrement à cœur dans l’équipe : Luc Brunschwig. Il entame sa
carrière d’auteur précocement puisqu’il se met très tôt à écrire des scénarios ; les premières fondations d’Urban sont ainsi posées en 1982 sous le titre de « Sin City ». Brunschwig
présente ce projet en 1991 à Guy Delcourt qui le rejette. Brunschwig range son projet temporairement mais en 1992 Franck Miller publie son Sin City… c’est donc tout l’univers qui devra être remanié. Pas de rancœur pourtant puisque 1992 est
l’année où le scénariste se fera connaitre des bédéphiles avec la publication du premier tome du Pouvoir des Innocents, une série en 5 tomes qu’il mettra 10 ans à développer avant d’offrir sur un plateau d’argent le tome final en 2002. D’autres projets voient le jour
pendant cette période : Vauriens (série qui démarre en 1995), L’Esprit de
Warren (en 1996) mais surtout Urban Games en 1999 (publié chez Les Humanoïdes Associés) qui donne la preuve flagrante de l’obstination et de l’attachement de Brunschwig à son «
Sin City » originel.
Mais voilà, l’aventure s’arrête nette après la publication du premier tome. Le dessinateur quitte la série. L’idée de poursuivre survit cahin-caha mais aucun dessinateur ne s’engage. Et puis en
2008, juste avant de mettre à la corbeille toutes ses notes, l’auteur le relit et décide de réécrire complètement le scénario. Concours de circonstances : la même année, Luc Brunschwig rencontre
Roberto Ricci, lui parle de ce projet sur lequel il planche depuis 30 ans et lui décrit cet univers qui a germé lorsqu’il écoutait Sin City d’AC/DC et qu'il souhaitait adapter en bande
dessinée… Roberto Ricci est le premier dessinateur en 13 ans qui accepte d’illustrer cet univers. Cette collaboration ingénieuse donne Urban. Et si les passerelles sont nombreuses entre
Urban Games et Urban, c’est un nouvel univers qui voit le jour ici. La suite est d’ores et déjà attendue, la série devrait contenir 6 tomes.
Cas de force majeure, après avoir réécrit ce long préambule que nous nous étions déjà appliqués à rédiger les uns et les autres sur nos blogs respectifs et en bonne Mo’ Dalton qui se respecte, je
jette l’éponge sur la réécriture d’un synopsis d’album que j’avais déjà eu du mal à produire. Fort heureusement, les présentations officielles sont en ligne sur le site des éditeurs. En
l’occurrence, nous en profitons également pour saluer le travail de Futuropolis qui offre à Brunschwig la possibilité de redonner vie à
cette série :
« Luc Brunschwig signe avec Urban une grande série d'anticipation. Dans un futur pas si lointain, il nous convie à Monplaisir, le plus grand parc d'attraction de la galaxie où tout fait
l'objet d'un jeu… même la mort.
Zacchary Buzz quitte sa famille de fermiers pour se rendre à Monplaisir, une immense cité dédiée aux loisirs, aux jeux, aux plaisirs… Avec pour modèle Overtime, le plus grand justicier de tous
les temps, il rêve d’intégrer la meilleure police du monde : les Urban Interceptor.
Monplaisir est une société hyper contrôlée, dirigée par l’omniprésent Springy Fool. A grands renforts de caméras et d’écrans géants, toute la ville peut suivre en direct les moindres faits et
gestes de ses habitants. Monplaisir est également sous le contrôle d’A.L.I.C.E., un système automatisé composé de robots nettoyeurs qui font la chasse aux voleurs, avec des méthodes plutôt
musclées… Ce système permet aux policiers de s’occuper des vrais crimes, car derrière la fête et l’amusement, on retrouve les corps mutilés de plusieurs jeunes filles.
(...) Zach, qui rêvait de justice, découvre que tout n’est que violence et cynisme et que le monde magique de Monplaisir est bien cruel… » (synopsis éditeur).
Une belle unanimité des Kroniqueurs de Kbd qui attendent d’ores et déjà le second tome, qu’ils soient un fan assumé de comics comme Yvan ou une SF sceptique comme Badelel. Les raisons sont
multiples, à découvrir à travers chaque chronique et les lister ici pourrait faire penser que les Kroniqueurs indépendants que nous sommes ont été grassement payés par l’éditeur. Que nenni, même
en période de crise, l’indépendance et l’honnêteté restent de mises ! Alors quoi ? Pourquoi un tel enthousiasme ?
Tout d’abord, si cet univers retrouve un second souffle, c’est grâce à l’intervention de Roberto Ricci. Nous allons
donc nous arrêter un premier temps sur le graphisme de cet auteur italien. On apprend notamment sur BDGest qu’il a « grandi entouré de musiques, d'images et de bandes dessinées grâce, notamment,
à Heavy Metal. Le choc visuel lui vient d'un certain Gimenez qu'il adule. À 11 ans, il lit Arzach de Moebius et en reste habité durablement ».
Non content de produire une ville à l'architecture impressionnante, le dessinateur nous embarque dans un bal costumé grandeur nature où l’on découvre une myriade de références faites à d’autres
univers imaginaires, allant de Casimir à Dark Vador (c’est dire si le panel de références balaye large !). Si vous n’avez pas encore lu l’album, vous pouvez vous amuser à les repérer en lisant
nos chroniques respectives. Ce qui frappe en premier lieu dans nos écrits, c’est cette unanimité sur la qualité de son travail. Le dessin sert à la perfection cette histoire. « Une ambiance qui
colle à la peau de Monplaisir » selon Lunch, des « couleurs sublimes » pour Badelel qui ne tarit pas d’éloges sur la couverture, un dessin « fluide et très agréable à l’œil » selon Oliv’. Mr
Zombi quant à lui souligne le dynamisme et le côté interactif qui se dégagent du trait : « La ville de Monplaisir prend vraiment vie sous nos yeux, à tel point qu'on a l'impression d'en sentir
les effluves et d'entendre toute l'agitation qui y règne ». Yvan souligne la facilité avec laquelle Roberto Ricci parvient à nous faire ressentir le côté oppressant de cet univers malgré ses airs
festifs. Les artifices des néons, des paillettes et des couleurs chatoyantes donnent à cette ville un côté superficiel qui ne nous a pas dupé. Le graphisme est détaillé, fouillé… si les lecteurs
sont sensibles à cette émulation, les lectrices quant à elles saluent le travail de colorisation réalisé sur cet album.
Graphisme et scénario sont étroitement imbriqués ; il y a entre eux une réelle alchimie.
Je vous disais tout à l’heure qu’il y avait plusieurs amateurs de Brunschwig dans l’équipe mais il faut reconnaitre que quel que soit le genre qu’il aborde, il nous entraîne toujours totalement
dans l’univers qu’il crée. Maître conteur, il maîtrise parfaitement ses personnages qu’ils soient principaux, secondaires ou simples figurants. La trame de son histoire prend son relief à travers
eux. Urban ne déroge pas à la règle. Ainsi, le personnage principal, Zachary Buzz, a touché tous les lecteurs, à commencer par Badelel qui s’attarde sur son côté « bouseux », « pataud »,
alors qu’il pique la curiosité de Lunch qui s’interroge sur sa santé mentale… entre autre. Mr Zombi le compare, excusez du peu, à Lennie Small (Des souris et des hommes de John
Steinbeck). Pour le reste, il y a Springy Fool (animateur omniprésent que l’on suit comme le Lapin Blanc de Lewis Carrol), A.L.I.C.E. (I.A. qui l’assiste dans le contrôle permanent de cette
cité), Monplaisir qui n’est pas que le théâtre de cette histoire mais, comme je le souligne, devient un personnage à part entière, la jeune groom transformée en panneau publicitaire (qui
bizarrement a marqué essentiellement les Kroniqueurs hommes à l’instar d’Yvan, de Lunch et d’OliV, mais là, c’est peut-être dû au travail de Roberto Ricci). Pour la richesse graphique, je
renvoyais tout à l’heure les lecteurs à nos chroniques respectives afin qu’ils puissent prendre la mesure de la richesse du contenu des visuels. J’aurais tendance à proposer la même chose sur la
partie narrative tant nos écrits se complètent et se font écho. Rythme enlevé du récit ou impact de cette vision cauchemardesque d’une société de consommation et de ses dérives… les chroniques
sont longues et argumentées, l’album nous plait !
Et si nos échanges « privés » on conduit certains à verbaliser qu’ils s’inquiétaient quant au côté probablement prévisible que peut prendre la série, d’autres sont plus réservés car Luc
Brunschwig a déjà su nous étonner maintes fois sur des sujets pourtant couramment traités en BD (voir Holmes, Le sourire du clown ou La mémoire dans les poches qui sont des séries qui rallient bon nombre de
lecteurs). Si on peut avoir une inquiétude, c’est sur le temps d’attente du prochain tome aux vus de la qualité du travail de Roberto Ricci et du fait que Luc Brunschwig a débuté 4 séries en 2011
(Urban, Car l’enfer est ici, Les Enfants de Jessica et Lloyd Singer).
Une claque pour Mr Zombi, un récit qui repose sur un personnage à fort
potentiel pour Badelel, un univers de science-fiction à découvrir pour
OliV, une des cinq
meilleures BD de l’année pour Yvan, un tome introductif d’une série
qui semble prometteuse pour Lunch. Quant à moi, je vous invite également à lire ce thriller d’anticipation.
Vous l’avez peut-être remarqué qu’un nouveau pseudonyme avait fait son apparition sur nos précédentes synthèses. Et si nous avons tardé à vous l’annoncer, c’est en raison de nos emplois du temps
respectifs quelque peu chahutés.
Mais comme tout finit par rentrer dans l’ordre, prenons le temps d’accueillir Choco dans l’équipe de kbd. Depuis 2009, Choco anime son blog http://legrenierdechoco.over-blog.com/
Sur les étagères de son grenier nous pouvons trouver une large place au Japon et à sa littérature, ainsi qu'aux romans, polars et autres documents. Une de ses passions se regarde en photos lors
de somptueux choco-shoot. Mais celle qui nous intéresse, c'est son regard et sa connaissance sur la BD. Pour preuve, c'est son index BD qui rentre parfaitement dans son rayonnage... Au pied de sa
bibliothèque, possible qu'il reste encore quelques cartons à ouvrir, mais la plupart sont entreposés et partagés !
Une petite dernière viens donc d'arriver, au doux pseudo de Choco, friandise japonaise. Voici un avatar féminin qui ne fera que plaisir à l'ensemble de l'équipe de k.bd, et à n'en pas douter à
notre lectorat !
Bienvenue ô Choco !!
Le troisième volet du mois SF se déroule dans un one-shot en noir et blanc. Voici la suite de l'approche intersidérale, par une autre entité bicéphale. Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann vont
nous faire vivre les derniers jours d'un immortel. Je vais quant à moi vous présenter mon premier voyage kbédien, un merveilleux cadeau pour moi que de commencer par cette synthèse.
Partons pour un futur lointain, et découvrons plusieurs civilisations regroupées dans une "Communauté Universelle". D'un côté, nous avons les Ganédons, société prônant le paraître. De l'autre, ce
sont les Aleph, créatures variées et subtiles tels d'énormes animaux marins. Ces deux cultures, et ce malgré leur forte intelligence respective, cohabitent très mal depuis des dizaines de
milliers d'années pour une raison à déterminer.
Entre ces deux races, nous avons sur la planète Terre, un membre de la police philosophique reconnu et mandaté pour résoudre ce conflit : Elijah. Sorte de médiateur, et fort de son expérience,
Elijah dissipe les tensions existentielles, délivre les solutions par le dialogue et dénoue les maux en prônant la compréhension. Son enquête sur le contentieux entre les Ganédons et les Aleph va
le mettre à rude épreuve. Bien heureusement, nous sommes dans un monde où l'être humain peux se créer des "échos", sorte de clone et ainsi être à plusieurs endroits en même temps. Cette capacité
à se démultiplier n'est ni plus ni moins que l'assurance d'une vie éternelle, autrement dit l'immortalité.
Toute fois, Elijah réfute de se croître à outrance car ce n’est pas sans conséquence. Il va se mouvoir à coup de téléportation et de voyage sidéral. L’issue de l’enquête n’en sera que rondement
menée mais en proie au spleen, notre héros se pose beaucoup de question sur son Existence avec un grand « E ». D’autant plus qu’un de ses meilleurs amis a décidé de mettre fin à ses jours. Une
prise de conscience se dresse alors sur le concept de l'immortalité. Et comme de part une déformation professionnelle, Elijah se voit philosopher sur sa vie afin de prendre du recul et de
réfléchir sur le temps qui passe…
Les derniers jours d'un immortel est un voyage de cent cinquante pages où la notion de l'espace temps est somme toute relative pour cette investigation.
Le scénario de Fabien de Vehlmann (Jolies Ténèbres, Le marquis d'Anaon, Seuls, Des lendemains sans
nuages), est donc axé sur des interrogations psychologiques et philosophiques avec comme centre du sujet, la mort. Rien de pesant pour autant, c’est parfaitement équilibré et vif. La
trame de l’histoire est théâtralisée ce qui facilite la compréhension. Un style d’écriture sans artifice où les faits se basent sur une réalité scientifique purement inventive certes, mais tout
en posant une réflexion très actuelle sur la croissance de l’humanité et sur le devoir de mémoire. Le rapport à soi et à l’Autre est reconsidéré. Vivre n’est plus la priorité, seul garder les
souvenirs semblent compter. Le scénariste abordera aussi avec brio le thème de la sexualité donc de la procréation, transformant la question en sujet banal, sans complexe ni tabou.
Malheureusement, pour Choco, beaucoup de ces questionnements existentiels ont finis par la perdre. Il faut
dire, comme je l'ai précisé, vaste sujet que celui de l'immortalité !
Maintenant, dans cette histoire, le côté « immortel » du héros semble pourtant avoir une faille. Faut-il poursuivre son chemin avec ou sans durée de vie prédéterminée ?
Le choix graphique de Gwen de Bonneval (La vierge froide et autre racontars, Messire Guillaume) est quant à lui subtilement dépouillé. Par un crayon légèrement charbonneux, il crédibilise et met en
valeur les personnages. Le noir et blanc utilisé est donc en parfait accord avec le récit, sobre et élégant, il favorise l’imaginaire. Le trait minimaliste mettant en valeur les décors simples
aux cotés rétro, années soixante et avec des costumes excentriques, cela donne un rendu qui se veut comme intemporel. Des illustrations sont parfois surprenantes mais elles n'encombrent
aucunement et sont, sommes toutes, précises et concises. Il est fort accessible de s'y projeter.
Yvan, explique que les auteurs s’associent pour one-shot qui oscille entre le roman policier et le conte
philosophique et il nous évoque des enquêtes policières très inventives qui ne sont finalement que prétexte pour mener une réflexion intelligente sur l'être humain.
Champi va jusqu’à nous prouver qu’Elijah est un des sages de la police scientifique et qu’il cherche les voies
de l'objectivité la plus totale, afin de comprendre au mieux les étranges cultures qu'il découvre. Mais plus il s'ouvre à l'univers, plus il semble tourner le dos à son passé, à sa mémoire, aux
siens...
Lunch est presque prêt à se téléporter pour aider Elijah à trouver la stabilité car il voit en lui, un immortel
tellement différent des autres, un homme qui privilégie la communication avec ses échos et le devoir de mémoire.
Chez Mo', est expliqué que l'auteur, pour ne pas alourdir son propos, a trouvé un jeu d'écriture qui lui permet de faire
ressortir plusieurs degrés de compréhension afin que le récit ne perde pas de fluidité. Le pouce est levé pour un dénouement émouvant.
Un savant mélange, brillant et intelligent de la part des auteurs pour ce beau genre qu'est la Science-Fiction. Une lecture qui restera sans doute longtemps en mémoire autour d’une considérable
réflexion philosophique sur notre destinée.
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