entete theme mai 2012-Urbanité

Dimanche 13 novembre 2011 7 13 /11 /Nov /2011 06:00

  entete chaque chose

 

Chaque Chose est le récit d’un petit garçon qui est ravi de partir en tournée promotionnelle avec son papa magicien durant les vacances d’été. C’est également l’histoire d’un jeune père de famille qui prend le train pour se rendre au chevet de son père hospitalisé. Mais, c’est surtout un voyage autobiographique (mâtiné d'un peu de fiction) qui, tout comme Le fils de son père, s’inscrit à merveille dans le thème du mois de novembre de K.BD : la filiation !

Au milieu des nombreuses perles que compte cette collection « Bayou » des éditions Gallimard (Aya de Yopougon, Les derniers jours d'Ellis Cutting, Dimitri Bogrov, Le local, RG), Julien Neel livre donc un album dédié à son père et centré sur la relation père/fils.

Proposant une sorte de road-movie qui se concentre sur ces petits riens qui ont toute leur importance et qui vous forgent pour la vie, Chaque Chose porte bien son titre. D’une approche plus introspective que Lou !, cette histoire aborde ces petites choses de la vie sur lesquelles il est parfois bon de s’attarder. Dans ce livre, Julien Neel se livre avec pudeur et dépeint avec maestria la complexité des relations père/fils. En revenant sur ses souvenirs d'enfance et sur les liens qu'il a tissé avec son propre père, il offre une parenthèse assez personnelle et un hommage vibrant à son paternel. Exploitant à merveille les silences, l’auteur parvient à imprégner les non-dits de cette affection qu’il est tellement difficile d’exprimer vis-à-vis de son géniteur. Malgré un sujet assez sensible, l’histoire est traitée avec une certaine légèreté et ne sombre jamais dans le dramatique ou le pathos. L’auteur aborde la relation père/fils avec beaucoup de tendresse et de façon profondément humaine, parsemant son récit de tendresse et d’un humour subtil.

La construction, basée sur des allers-retours entre deux histoires qui semblent initialement distinctes, permet d'alterner le passé et le présent avec originalité, tout en montrant à quel point l'expérience actuelle replonge l'auteur/narrateur dans ses souvenirs. Ce procédé narratif permet au quotidien et aux souvenirs de s’entremêler de manière fluide et de se faire brillamment écho au fil des transitions.

S’adressant à un public plus adulte que Lou !, ce one-shot arbore des couleurs moins flash. Partant de deux ambiances graphiques distinctes qui se répondent à merveille, l’auteur va progressivement fusionner les deux atmosphères et installer un nouveau panel de couleurs. Le style de l'auteur conserve néanmoins un côté naïf, innocent et attractif, mais le trait plus fouillé, les arrière-plans plus ombrageux et les tons plus neutres ajoutent une certaine gravité à l'ensemble. Le résultat est donc plus brut, plus sombre, mais les personnages (en particulier le costume de nounours) permettent de conserver une certaine légèreté tout au long de l’album.

Pour une fois tous les avis des lecteurs K.BD vont dans le même sens. Si Badelel à été totalement conquise par cette histoire simple, intime et émouvante, c’est également mon cas. Lunch a été littéralement transporté aux côtés de l’auteur et il ressort totalement ravi de cette lecture agréable, tantôt triste ou tournée à la dérision, qui parvient à faire sourire malgré le contexte délicat. David parle d’une petite merveille de construction narrative et d’un album presque parfait qu’il rêve d’offrir à son père en guise de remerciement. Mr. Zombi s’est carrément pris une grosse claque et, n’étant même plus capable de parler de l’album, profite de l’occasion pour remercier ses parents d’avoir fait de lui un type bien (NDLR : on confirme ! ). Et que dire de Mo’ qui est probablement encore au septième ciel après 150 pages de pur plaisir ? Quant à Champi… Chaaaaaammmmpppiiiiiiiii ??? … ah ben non, il a piscine le dimanche !

 

avatar yvan couleur

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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 06:00

entete fils de son pere 

 

Si tu penses voir plus loin que ne montrent les images
et saisir le subtil au-delà des mots.
Si pour toi l’ellipse est affaire de cases
qui permet aux heureux de pénétrer le beau.

Si tu peux sans frémir ouvrir ton univers
à ceux qui sans connaître te regardes de haut,
et par ton énergie faire chuter leurs barrières
en leur donnant les clefs d’un horizon nouveau.

Si au matin ta lecture se fait au sens contraire
pour le soir revêtir la bannière étoilée.
Si tu passes tes nuits au creux des phylactères
à parcourir la route de mille vies rêvées.

Alors, le verbe et le trait, les héros et leurs créateurs
seront à jamais tes amis fidèles.
Et, ce qui vaut moins que les verbes et leurs auteurs
Tu seras chroniqueur BD, mon fils.


Petit clin d’œil malheureux à Rudyard Kipling et son merveilleux poème en guise d’introduction pour ce mois consacré aux liens familiaux. La famille c'est tout un poème, énervant parfois, essentiel bien souvent. Elle représente surtout l’enfance, le passé et la nostalgie des « dimanches à la con » comme disait Renaud, mais aussi une source d’avenir et de transmission. Bref, la famille c’est un lieu de rencontres entre les générations et par ce fait, un creuset d’histoires formidables.

Mais pourquoi lier famille et bande dessinée ? Depuis les années 90, une partie de l’édition du 9e art s’est orientée vers des œuvres plus intimes traitant du quotidien. Bien entendu, les héros n’ont pas disparu mais les gens du commun ont su devenir des personnages de bande dessinée. Et c’est bien connu si les êtres exceptionnels sont des solitaires, l’homme de la rue est noyé dans la foule et entouré par ses proches. Ainsi, frères, sœurs, tantes, grands-parents, cousines ou parents sont devenus importants, si ce n’est primordiaux dans certaines œuvres. Les souvenirs d’un parent dans Maus, la vie personnelle au milieu des siens dans Persepolis ou Broderies, l’évocation d’un drame familial (L’Ascension du Haut-Mal) ont été le moteur d’œuvres majeures et incontournables durant ces 20 dernières années. On pourrait en dresser une longue liste mais nous avons décidé de n’en choisir que quatre. Chacune à quelque chose pour plaire, chacune à son petit mérite et vous proposera une vision différente, parfois surprenante de la relation familiale.

Comme un symbole nous entamons ce mois avec Le fils de son père. Un album écrit par deux frères : Olivier signe scénario et dessins, Guillaume travaille la couleur. Le Fils de son père, deux frères… Oui, nous ne pouvions vraiment pas nous passer de cet album.

Le fils de son père, c’est Olivier. Artiste peintre au succès grandissant, marié, papa attentif et parfois maladroit de deux garçons, amateur de football, ami intentionné. Mais lors du vernissage de sa dernière exposition, un orage éclate. Alors que la lumière électrique s’éteint, un éclair zèbre la nuit et laisse apparaître une ombre. Olivier y voit un homme qu’il a perdu de vue depuis des années et tente de le rattraper. Cette silhouette c’est son père.

Aborder le thème difficile de la relation père-fils pour un premier album n’est pas la chose la plus simple. Olivier Mariotti a décidé pour cela de puiser dans sa propre vie et de laisser une large place aux souvenirs et aux sensations de l’enfance. Pour cela, il a fait le choix de mettre en place une construction à la fois classique et originale.

Tout d’abord, il travaille sur deux périodes chronologiques séparées par une rupture graphique grâce au traitement de la couleur effectué par Guillaume Mariotti. Le passé aux teintes pastels et au grain de crayon évoque le passé d'Olivier, lorsque celui-ci était le fils et qu'il partageait avec son père une complicité mêlée d’admiration et de désarroi. Puis le présent, avec des aplats de couleurs et la peinture d’Olivier devenu père qui rappelle étrangement les moquettes et tapisseries de son enfance.

Les deux époques se répondent et s’enchevêtrent sans jamais se confondre créant un rythme particulier renforcé par une composition surprenante. En effet, les planches sont toutes des gaufriers de 12 cases. Même si parfois, Olivier Mariotti adopte un jeu de puzzle digne du Philémon de Fred où les cases de la planche forment une même image, on entre malgré nous dans une rythmique régulière parfois lassante pour certains d'entre nous. Est-ce une sorte de représentation du temps qui passe ?

En tout cas, cette construction participe au jeu complexe de la description – et de la destruction – du rapport père/fils. Cependant, elle ne vous donnera pas la réponse de l’intrigue presque ordinaire de cet album. Pourquoi Olivier s’est éloigné de son père ? Doit-on fouiller dans son passé, dans son présent ? Doit-on trouver dans le rapport avec ses propres enfants une reproduction de son enfance ou au contraire combat-il les démons de son passé ? En vérité, les deux frères ne nous donnent que très peu de réponses et laissent au lecteur le soin d’analyser les angoisses paternelles de leur héros. Si Mr Zombi aime ce côté ouvert aux interprétations, Yvan regrette ce manque d’explications. Quant à Mo’, elle s’agace de ce grand écart constant et inexpliqué entre les deux époques.

Vous l’aurez compris, les cinq lecteurs de cet album sont assez partagés. David y voit un beau livre plein de tendresse tandis que Mo’ l’a trouvé fade et inintéressant. Au milieu de ces deux extrêmes, Yvan et Champi, malgré quelques critiques, ont apprécié cet album. Mr Zombi et moi-même avons passé un agréable moment de lecture.

Si tu as lu cette synthèse
sans jamais t’endormir
Si tu veux ramener ta fraise
sans jamais te trahir

Alors tu peux laisser un commentaire, lecteur !

 

avatar david couleur

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Lundi 31 octobre 2011 1 31 /10 /Oct /2011 21:30

entete theme octobre 

 

Présentation du thème par le rédacteur mensuel :

 

« Les médias aiment les raccourcis. Pour eux, qui dit « BD » dit Astérix ou Titeuf, qui dit « comics » dit Superman ou Batman, et qui dit « manga » dit Naruto ou Candy. Au choix.
Il faut dire que le marché du livre tend à leur donner raison, privilégiant les gros titres et la rentabilité (je caricature, que les choses soient claires...).

Loin des yeux, loin du cœur, nous ne connaissons bien souvent des mangas que les titres les plus uniformes : violence pour les garçons, fleurs bleues pour les filles, et grands yeux et grandes oreilles  pour tout le monde.
Mais loin de ces stéréotypes – « à la marge » dirait Yoshihiro TATSUMI – vit, grouille même, et meurt souvent une production protéiforme riche, dense, et méconnue dans nos contrées, car boudée par les éditeurs.

Depuis quelques années, certains d'entre eux se sont penchés, enfin !, sur ces productions atypiques.
Depuis 2010, un florilège, Ax, offre aux lecteurs français des œuvres étonnantes.
Toujours à la recherche d'histoires et d'auteurs sortant des sentiers battus, K-BD ne pouvait manquer une telle occasion, et profite de ce thème pour vous dévoiler « la face cachée du manga ».

 

(Champî)

 

Les titres envisagés pour construire le thème :

 

A l'ouest de Tokyo (Yamada Naïto), 2004, Carabas

Amer béton – Intégrale (Taiyou Matsumoto), 2007, Tonkam

Bambi (Atsushi Kaneko), série débutée en 2006, Imho

Blue (Kiriko Nananan), 2004, Casterman

Le Champ de l'arc-en-ciel (Inio Asano), 2008, Panini

Cinderalla (Junko Mizuno), 2004, Imho

La Fille du bureau de tabac (Masahiko Matsumoto), 2010, Cambourakis

Gen d'Hiroshima (Keiji Nakazawa), série en 10 tomes publiés entre 1983 et 2007, Vertige Graphic

L’Homme sans talent (Yoshiaru Tsuge), 2004, Ego comme X

Ikkyu (Hisashi Sakaguchi), série en 4 tomes publiés en 1996 et 1997, Glénat

Intermezzo (Tori Miki), série débutée en 2006, Imho

Ki-Itchi !! (Hideki Arai), série débutée en 2003, Delcourt

Mes Voisins les Yamada (Ishii Hisaichi), série en 3 tomes publiés en 2009, Delcourt

L’Orchestre des doigts (Osamu Yamamoto), série en 4 tomes publiés en 2006 et 2007, Milan

Ping Pong (Taiyou Matsumoto), série en 5 tomes publiés en 2003 et 2004, Delcourt

Pink (Kyôko Okazaki), 2007, Casterman

Réflexions d'une grenouille (Kazuo Iwamura), série en 2 tomes publiés en 2001 et 2002, Autrement

Spirale (Junji Ito), série débutée en 2002, Tonkam

The World is Mine (Hideki Arai), série en 14 tomes publiés entre 2005 et 2008, Casterman

Une Vie dans les marges (Yoshihiro Tatsumi), série débutée en 2011, Cornélius

Le Vagabond de Tokyo (Takashi Fukutani), série en 2 tomes parus en 2009 et 2010, Le Lézard Noir

 

presentation avatars janvier 2012

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Dimanche 30 octobre 2011 7 30 /10 /Oct /2011 06:00

entete orchestre

 

L’Orchestre des Doigts clôture notre sélection consacrée au « Manga autrement ». L’engagement de son auteur a retenu notre attention. Encore peu connu en France, Osamu Yamamoto s’est déjà fait remarquer au Japon avec Harukanaru Kôshien (1988), qui parlait de la difficulté des adolescents sourds-muets à accéder aux compétitions et équipements sportifs nationaux. En 1991, Osamu Yamamoto revient sur la question de la surdité avec L’Orchestre des doigts, un récit qui s’inspire du parcours de Kiyoshi Takahashi, défenseur de la langue des signes et de la Communauté Sourde au XXème siècle. La série s'inspire des romans de Yoriko Kawabuchi, la fille de Takahashi.

En 1913, rien ne prédisposait Kiyoshi Takahashi à s’impliquer pour cette cause. Il voulait partir en France pour suivre des études de musique, mais le décès de son père l’oblige à rester au Japon pour subvenir aux besoins de sa famille. Il accepte alors un poste d’enseignant de musique dans une école pour enfants handicapés. Au fil des années au contact des enfants malentendants, sourds ou aveugles, Kiyoshi Takahashi s’investit de plus en plus dans cette école jusqu’à en devenir le Directeur dans les années 50. Dès lors, son engagement n’aura plus de limites : participation à des colloques, rencontres avec d’autres instituts spécialisés au Japon, en France, aux Etats-Unis. En toile de fond, Osamu Yamamoto décrit la situation socio-politique du Japon entre 1914 et 1958 (crise financière, guerre, émeutes, crise du riz, famine…) et l’évolution progressive des mentalités à l’égard des enfants sourds (initialement considérés comme des déficients mentaux). Une trame narrative non dénuée d’intérêt comme le souligne Badelel.

En quatre volumes, l’auteur relate l’évolution de la Communauté Sourde de 1914 jusqu’à la mort de Kiyoshi Takahashi en 1958. Un chapitre final présente les conséquences de son action jusqu’en 1989 (où elle est reconnue au niveau national), réalise un bilan des avancées sociales et de l’ampleur du travail qu’il reste encore à poursuivre. Ainsi, le lecteur accède aux étapes majeures de cette évolution : les changements progressifs instaurés dans la prise en charge des enfants sourds-muets, la naissance régulière de nouveaux signes (preuve indéniable que la langue des signes est une langue vivante qui s’adapte à la société dans laquelle elle se construit…), la dédiabolisation progressive de la surdité dans la société japonaise (les familles acceptent peu à peu le handicap de leurs enfants, l’abandon n’est plus l’unique solution)…


Outre ce contexte historique, la narration est romancée, parfois convenue (comme l’amitié qui nait entre Takahashi et Issaku), mais comme le souligne Paul, c’est un univers où la sensibilité est réglée de manière complètement différente. A travers les positions des personnages secondaires, Osamu Yamamoto offre au lecteur une vision globale de la question, sans le contraindre à prendre parti en faveur de la méthode gestualiste ou de la méthode oraliste. Un choix narratif auquel Lunch a été très sensible.

Au niveau graphique, le dessin est doux et la découpe de planches donne une bonne dynamique au récit. Mr Zombi souligne que dès lors qu’il s’est plongé dans cette lecture, il lui a été impossible de s’en extraire. Pour ma part, je regrette que l’auteur limite la langue des signes à la seule gestuelle. En effet, la communication gestuelle ne se cantonne pas aux mots signés. L’expression du visage (exagération des expressions, haussement de sourcil…) et le langage corporel (le corps avance, recule, se tasse… pour signifier l’investissement, la peur ou la déception par exemple) donnent sens aux gestes réalisés par les mains. Ici, les visages restent fermés, les corps silencieux et les éléments du récit ne m’ont pas permis de savoir si cela était dû à la culture japonaise (qui prône généralement l’effacement, la réserve) ou si c’était un oubli de la part de l’auteur (pourtant capable de signer). Quelques incohérences, mêmes si elles sont rares, sont regrettables à l’exemple d’un personnage (entendant) qui débute une conversation avec un personnage (sourd). Le sourd tourne le dos à l’entendant et malgré tout, la conversation continue ! Notons que le but de cet ouvrage n’est pas l’apprentissage de la langue des signes… mais on distingue les gestes signés, amples, fluides, très différents de ceux de la Langue des Signes Française.

Nos cinq chroniques aboutissent à la même conclusion : cette œuvre véhicule un témoignage universel. C'est un manga instructif, utile et émouvant.

Il est intéressant de pouvoir comparer ce mouvement à celui de son homologue français à 200 ans d’écart. En effet, l’Abbé de l’Epée a beaucoup œuvré au XVIIIème siècle où, comme au Japon au début du XXème siècle, il était de coutume de penser que les sourds et les malentendants étaient des déficients mentaux. Envisager de les scolariser et de leur faire une place dans la société ne s’est pas fait sans heurts. Peu à peu, des courants divergents ont vu le jour dans la Communauté. Comme au Japon, la France a vu s’opposer gestualistes (partisans de la langue des signes comme indispensable à l’intégration) et oralistes (convaincus de la nécessité pour les sourds de vocaliser pour ne pas être stigmatisés). Si vous souhaitez découvrir d’autres albums sur le thème de la surdité : Aux heures impaires (Liberge), Big Man (Mazzucchelli), Des mots pour les mains (Gourdon & Fouchier), Paroles de Sourds (Corbeyran & Collectif), PI - Enquêtes au pays des Sourds (Domas), La poubelle de la Place Vendôme (Rupper et Mulot).

L’action de l’Abbé de l’Epée, celle Kiyoshi Takahashi… ont permis à nombre d’enfants sourds de ne pas être rejetés de leurs familles. Si on peut percevoir une certaine « universalité », à travers ces deux mouvements, elle sera incontestable le mois prochain. En effet, K.BD vous propose une plongée dans la question de la filiation dans la BD. Qu’on soit parent ou enfant, que cette relation soit épanouissante ou relève du dialogue de sourd, rendez-vous dimanche prochain autour d’une sélection « Tu seras un homme mon fils ».

 

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Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 06:00

  entete blue

 

 

Lors de nos débats pour le choix des albums de notre thématique, il y a parfois des noms d’auteurs qui arrivent très naturellement. Dans la thématique du manga dit « autrement » celui de Kiriko Nananan est apparu presque immédiatement.

Dans le monde encore masculin de la BD, les femmes ne sont pas si fréquemment représentées. Si des auteurs comme Osamu Tezuka, Naoki Urasawa, Akira Toriyama ou Katsuhiro Otomo viennent rapidement à l’esprit lorsqu’on évoque le manga, leurs homologues féminines telles Ryoko Ikeda (La Rose de Versailles), Kyoko Okazaki (la créatrice du Josei avec notamment Pink) ou Ai Yazawa (Nana) ne bénéficient pas toujours de la même reconnaissance. Pourtant, elles n’en demeurent pas moins talentueuses et ont offert chacune à leur époque une approche novatrice.

Kiriko Nananan est l’héritière (et contemporaine) de cette génération de femmes mangaka. Née en 1972, elle a seulement 21 ans lorsque ses premiers travaux sont publiés dans la mythique revue d’avant-garde Garô. Pour information, disparu en 2002, ce magazine a vu naître et s’épanouir des auteurs aussi prestigieux que Shigeru Mizuki ou Yoshiharu Tsuge (liste non exhaustive). Quelques années plus tard, à 24 ans, elle publie son premier manga "Water" et enchaine l’année d’après avec l’œuvre que nous chroniquons aujourd’hui.
Blue est l’histoire de deux jeunes lycéennes, Kayako et Masami. L’une est une jeune fille modèle un peu solitaire dont le plaisir quotidien est d’aller contempler la mer sur le brise-lame près de l’école. L’autre est rebelle et mystérieuse, d’étranges bruits courent sur son compte. Pourtant, la fascination, l’amitié et enfin l’amour réciproque viennent se mêler à la ronde du quotidien de ces deux jeunes femmes en devenir.

A première vue, comme le souligne Yvan, le scénario paraît sans grand intérêt. Mais c’est sans compter sur le traitement graphique réservé par Kiriko Nananan dont nous soulignons tous la très grande qualité. Par ce trait reconnaissable entre tous, très épuré, jouant sur un découpage qui laisse une grande part à l’espace vide, rognant à la fois les détails mais capable d’une très grande finesse dans les attitudes et les regards, Kiriko Nananan offre une grille de lecture qui lui permet d’éviter l’histoire à l’eau-de-rose. Au contraire, le simple fil de son trait laisse une grande place au silence et permet ainsi à la sensualité, à la sensibilité et aux sentiments humains de prendre tranquillement leurs places. Comme le souligne Champi avec son élégance habituelle, le noir et le blanc de ce dessin laisse transparaître la couleur, celle du bleu du ciel et de la mer si présente dans le récit. Cependant, cette arme graphique redoutable est à double tranchant car ce trait demande parfois un décryptage, obligeant le lecteur à s’arrêter de temps en temps afin de déterminer qui et qui. Chose qui a beaucoup gêné Lunch.

Mais, comme le souligne Mo’, grâce à son approche Kiriko Nananan s’offre aussi un espace de liberté totale. Sujet principal de son œuvre générale, la jeunesse et plus particulièrement les femmes s’affranchissent pour un temps – et pour un temps seulement - des conventions japonaises si lourdes. Franchir l’interdit et le dépasser. Blue n’est pas donc pas qu’une histoire d’amour homosexuelle, c’est aussi un point de vue presque sociologique sur les femmes, une histoire qui devient ainsi universelle. Finalement, Blue se déroule dans un naturel et un rythme presque surréaliste pour un manga. Pas de rupture mais une progression à la fois graphique et narrative qui emmène irrémédiablement vers un final à la fois beau et sobre.

Pour terminer, Yvan et Lunch ayant été génés par l’aspect graphique sont sans doute les plus critiques ; Mo’ a apprécié et reconnaît l’intérêt du travail de cette mangaka ; Badelel, Champi et moi-même sommes les plus enthousiastes n’hésitant pas à utiliser les termes de « rare beauté », de magistral ou d’œuvre majeure.

 

 

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