Billy wild (Céka & Griffon)

Publié le par k.bd

entete billy wild

 

 

Humiliés, trompés, martyrisés ou moqués, toi lecteur hanté chaque nuit par des visages maudits, la thématique de ce mois de juin est pour toi ! Avec nous et les héros des albums présentés, tu pourras crier vengeance… et peut-être découvrir des perversités sans nom. Injustices flagrantes, désespoirs, personnages haïssables à souhait, héros blessés au plus profond de leurs êtres, plans machiavéliques : telles sont les ingrédients d’une bonne vengeance et le programme de ce mois. Mais ce qui reste le plus jouissif, le plus agréablement palpable, c’est cette attente longue, longue, longue… Avant de frapper impitoyablement !

Le reste est une affaire de scénariste et nous t’avons déjà fait attendre suffisamment longtemps, lecteur.

Nous commençons donc ce mois de juin vers 1787 à Darkwest, dans les jeunes Etats-Unis d’Amérique. Billy Wild affiche 237 personnes au compteur... 240 après trois planches et un duel. Insensible aux balles, il est le plus redoutable des chasseurs de prime. Pourtant, quelques temps plus tôt, il n’était qu’un souffre-douleur dans un village de bouseux. A l’époque, il s’appelait Hans, Hans Güt. Mais, quand il a croisé Linus, une sorte de médecin, il n’a pas compris. Et quand ce dernier lui a offert cet élixir, il l’a pris sans se douter que tout se paie un jour…

Pour un lecteur qui n’y prendrait pas garde, Billy Wild pourrait n’être qu’un western parmi tant d’autre. C’est vrai qu’il y a tous les éléments du bon vieux spaghetti : des colts, des chevaux, de la poussière, les premières villes américaines comme décor, du sang, des duels... A certains moments, Mo’ entendrait presque l’harmonica d’Il était une fois dans l’Ouest.

Pourtant, c’est bien un drôle de diptyque qui se profile à l’horizon (avec soleil couchant !). Le dessin de Guillaume Griffon est tout bonnement hallucinant et donne des indices sur les chemins inhabituels pris par cette histoire. Choco insiste sur le trait « acéré » donnant aux personnages des corps longilignes, parfois démesurés. Les visages sont aigus, parfois monstrueux, marqués par un environnement inhospitalier voire, malgré la datation précise, post-apocalyptique. Mo’ y retrouve les traits de Firfin, l’elfe des Légendes des contrées oubliées. Et surtout, chacun insiste sur la parfaite maîtrise du noir et blanc de ce jeune auteur signant avec Billy Wild sa toute première bande dessinée. La formule des « deux pieds enfonçant la porte battante du saloon de la BD » utilisée par Yvan est particulièrement révélatrice de l’effet ressenti par les membres de l’équipe. Gagnant peu à peu en puissance à mesure que le récit progresse, ce jeu constant de lumière et d’ombre accentue le climat lourd qui règne dans ces deux livres. Une maîtrise qui n’est pas sans rappeler les plus grandes œuvres de Comès comme Silence, L’arbre-cœur ou Iris.

Guillaume Griffon n’est toutefois pas un parfait débutant. Il a fait ses études à la prestigieuse école Emile Cohl (à Lyon) avant de s’envoler vers les studios Disney aux Etats-Unis où il a travaillé quelques années pour revenir en France et céder à l’appel du 9e art en 2004. Cette année-là, il rencontre Akileos et surtout Céka, scénariste doué et décalé (Lutte majeure, Double assassinat dans la rue Morgue...). Le résultat le voici : un nouveau genre, le western gothique.

Évidemment, la noirceur du dessin de Guillaume Griffon n’est pas gratuite et rejoint avec bonheur l’esprit particulier d’un scénariste qui donne des allures fantastiques aux duels de cowboys. Mike, mon acolyte d’IDDBD, renvoie même l’histoire développée par Céka au vieux mythe de Faust. Elle progresse dans un récit à la première personne, Billy étant le propre narrateur de son histoire. Assurément, ce cowboy est plus avare de ses mots que des balles de son revolver. La narration et les dialogues sont minimalistes mais suffisant pour entrainer le lecteur dans cette quête. Car il s'agit bien de cela. Si le premier volume correspond à la recherche du médecin/bonimenteur, le second s'avère à la fois plus mystique et intérieur. Sauver le monde pour sauver son âme tout en savourant la déchéance de son ennemi, tel est l'enjeu pour Billy. Difficile et passionnant... mais finalement assez classique pour de la fantasy… Ah oui, j'oubliais, c’est un western !

Mais il serait vraiment idiot de réduire ces deux albums à une simple suite de duels au pistolet. Si l’écriture est simple, elle n’en est pas moins subtile. Aujourd’hui, il est difficile de réussir un récit captivant dans des genres comme le western ou la fantasy tant la concurrence est rude. Le pari de mélanger les deux est réussi par Céka mais incontestablement, le graphisme est la grande force de ce diptyque.
Yvan, Mo’, Choco, Mike et moi-même (qui n’a pas rédigé de chronique sur IDDBD mais qui donne quand même son avis dans cette synthèse, je me venge !) sommes tous unanimes pour vous encourager vivement à découvrir cette œuvre magnifique. Et si ça ne vous plaît pas, vous savez ce qui vous reste à faire…

 

 

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Publié dans Synthèses

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livr0ns-n0us 06/06/2012 16:23

Chapeau pour cette superbe chronique qui me donne très envie de me replonger dans mon intégrale :P
Guillaume Griffon, c'est un peu mon dieu vivant (parmi tant d'autres) et j'espère bien arriver à lui mettre la main dessus un jour pour une dédicace ! En attendant, mon blog arbore les couleurs de
Billy, et je ne m'en lasse pas :D