Comment comprendre Israël en 60 jours ou moins (Glidden)

Publié le par k.bd

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Depuis 1999, la fondation Taglit, financée par des donateurs particuliers et par l'État d'Israël, propose aux jeunes Juifs du monde entier de découvrir gratuitement Israël de l'intérieur lors d'un séjour idyllique de 10 jours. On croise un de ces groupes dans les chroniques de Guy Delisle que nous vous avons proposé la semaine dernière. Mais de quoi s'agit-il en fait ?
Partant du principe que chaque Juif possède un droit de naissance à découvrir et connaître Israël, le Taglit-Birthright Israel souhaite consolider les liens entre le pays et les Juifs du monde entier. Dans la forme, c'est un peu de l'embrigadement semble-t-il. Mais ça marche, puisque près de 300000 jeunes Juifs dans le monde ont déjà participé à ce programme, nous informe Wikipédia. Au milieu de tous ces participants, on compte notamment Sarah Glidden. Juive bien sûr. Américaine aussi. Anti-israélienne en particulier : voilà qui est déjà plus curieux, que fait-elle là alors ? C'est ce qu'elle va nous raconter dans le récit qu'elle fait de son voyage intitulé Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins). Et elle va au passage nous raconter comment son point de vue a évolué au cours de son voyage.
Minutieusement renseignée, psychologiquement préparée, elle connait bien la courte histoire de ce pays tout neuf et de ses nombreux conflits. Elle connait les enjeux qui l'oppose aux Palestiniens et entend bien voir tout ça de ses propres yeux pour confirmer ce qu'elle pense : le Sionisme est une gigantesque erreur et Israël un monstre d'inhumanité qui prend plaisir à maltraiter les Arabes. Un point de vue très arrêté qui va être bien mis à mal.

Souvent, ce type de récit devient vite rébarbatif, mais s'il y a bien un défaut que cette BD n'a pas, c'est précisément celui-là. Dense, longue, diserte oui, mais elle a beaucoup à dire et si elle évite les écueils de la lassitude, chacun y va de son argument. Pour David, c'est grâce à une alternance d'impressions personnelles et de réflexions universelles ; pour Mo', c'est grâce à l'enrichissement de dates et d'événements ; pour OliV' c'est le mélange d'humour et d'intensité. Quoi qu'il en soit, il n'y a que moi qui ai regretté le ton, trop didactique à mon goût. Mais c'est certain : jamais on ne s'ennuie !
Au cours des 7 chapitres (pas anodin ce chiffre, remarque OliV'), on découvre toute une galerie de personnages, vivants ou historiques, de lieux marquants, d'événements... Le fil conducteur qui fait le titre de l'album reste au cœur du récit : c'est un véritable plongeon dans le passé et les origines d'Israël que nous livre l'auteure à travers ses réflexions et son vécu. Ce retour aux origines est d'ailleurs salué par David car il pose des mots et des explications sur les conflits.

Mais le grand atout de cet album est d'offrir un contre-pied à la flopée d'albums montrant Israël du doigt. Un contre-pied mesuré toutefois, car il ne s'agit pas de défendre un point de vue du but en blanc. Sarah est anti-israélienne et pro-palestinienne au début du récit. Si son épopée la pousse à réviser son point de vue sur les Israéliens, elle reste pro-palestinienne. Ce qui est intéressant, c'est justement de voir les arguments et les événements qui l'amènent à adoucir un avis très tranché. Par ailleurs, son vécu sur le terrain manque d'antithèse, mais elle l'admet et ne le cache pas, laissant le lecteur seul juge de la validité de ce qu'elle montre.
C'est une véritable initiation qu'elle expérimente. Elle qui a une opinion très arrêtée des problématiques proche-orientales, la voilà dans une quête de vérité qui la dépasse, qui l'oppose à la réalité et qui la pose face à ses propres contradictions. David Fournol va plus loin, montrant que « Sarah découvre sa propre impuissance face au monde qui l'entoure ». Ce qu'elle livre dans sa BD, c'est de l'humain, du spirituel, du politique et de l'identitaire, et surtout c'est elle-même.

L'univers graphique de l'album aussi a séduit. Les aquarelles créent une atmosphère détendue que Mo' juge contraster avec l'intensité des questionnement de l'auteure. OliV' en souligne la simplicité et David le compare aux œuvres de Camille Jourdy. Lunch et moi sommes plus mesurés. S'il a apprécié la couleur, il regrette le minimalisme et la raideur du dessin. Je pousse même le bouchon plus loin en qualifiant les traits de « relativement passables ».

Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) est le premier album de Sarah Glidden. D'abord auto-édité sous forme de mini-comics, il est découvert et porté en version intégrale par l'éditeur Vertigo. Il est finalement traduit en français, italien, néerlandais, allemand et espagnol. Elle travaille à présent sur une nouvelle BD sur les traces du journalisme.


On l'a écrit :
« Pour conclure, Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) est un album témoignage qui vous permettra peut-être d’éclaircir votre point de vue sur cette douloureuse question géopolitique. » (David)
« Ce récit n’est pas là pour juger ou donner un avis sur qui a raison ou tort, ce récit est fait pour montrer à quel point, parfois on peut être dépassé par certains événements. » (David Fournol)
« Force est de constater que le conflit israélo-palestinien n’est pas relégué au statut d’artifice et qu’il est au centre de l’album. » (Mo')
« Cette lecture est un témoignage riche, sensible qui explore les questions politiques, culturelles et dépouillé sur les religions » (OliV')
« Car Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) nous propose un regard différent sur le conflit » (Lunch)
« Le propos donne à cette BD tout son sens » (Badelel)  

 

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