Coupures irlandaises

Publié le par k.bd

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En 1987, deux adolescents bretons sont envoyés par leurs parents en voyage linguistique dans un lieu plus qu’improbable : Belfast, capitale de l’Irlande du Nord et lieu de toutes les tensions communautaires entre catholiques et protestants. Lorsque Nicolas et Christophe se retrouvent dans des familles différentes, ils découvrent avec stupeur et un brin d’insouciance les difficultés de la guerre civile et la réalité de chaque camp.

Récit en partie autobiographique, Coupures Irlandaises scénarisé par Kris (alias le jeune Christophe) est un album dont l’engagement se mesure par cette volonté de montrer les événements. Et lorsque l’on parle d’engagement, l’histoire de l’Irlande avec son lot de martyres et d’épisodes sanglants apparaît presque immédiatement à l’esprit. Ce conflit nord-irlandais, surtout pour ceux nés après 1980, est une page lointaine : quelques articles dans les journaux, de magnifiques films, de belles chansons... Mais dans nos petites vies à l’abri, on oublie rapidement cette réalité où des enfants sont mis en joue par des soldats dans la rue.

Comme à son habitude, Kris signe un récit sans compromission, ne tombant pas dans une facilité « ô les pauvres catholiques humiliés au quotidien ». Au contraire, il s’échine à montrer les ruptures et les points de vue des communautés même si, clairement, on sent une préférence pour le peuple opprimé. Au travers du regard des deux adolescents auxquels Mo’ s’identifie rapidement, on découvre le terreau nourrissant ce conflit et surtout le poids de cette violence dans la construction de la jeunesse irlandaise.

Et puis, il y a cette fin, vraie cassure dans le récit. Une fin que l’on sent poindre dès les premières planches. Cet ultime soubresaut marque la limite de l’autobiographie et le début de la fiction. Kris imagine les conséquences d’une idiotie d’ado rebelle : réaliste ou non, apothéose pour certains ou gâchis pour d’autres, cette fin frappe incontestablement fort… Mais nous ne trahirons pas votre plaisir en vous la dévoilant.

Quant au dessin de Vincent Bailly, nous sommes à peu près d’accord pour souligner sa grande qualité. Une illustration assez classique certes mais bien en équilibre avec le récit.
Dans l’ensemble cet album est plutôt jugé réussi par la plupart des membres de l’équipe : « récit dur et violent » pour Oncle Paul, « témoignage fort » pour Mo’ et moi. Seul Paul apparaît plus mesuré, trouvant dans le côté didactique une cause de la construction saccadée du scénario.

Le côté « documentaire » de l’ensemble est renforcé par le dossier en fin d’album. Alors justement, cette BD permet-elle d’en apprendre plus ? Peut-on demander ce genre d’approche au média bande dessinée ? A vous de voir et d’en discuter.

 

signature david juin 2010

Publié dans Synthèses

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