Courtney Crumrin (Naifeh)

Publié le par k.bd

entete courtney crumrin

 

Quand, pour des raisons de commodités financières, les parents de Courtney Crumrin décident d’emménager dans la résidence de l’austère oncle Aloysius, cette dernière ne saute pas vraiment de joie. Elle doit s’adapter à la population de ce quartier chic avec une nouvelle école et des enfants pas vraiment accueillants. Mais Courtney n’est pas vraiment une petite fille comme les autres. Quand elle découvre les êtres étranges peuplant les alentours de la résidence, elle comprend où est sa place. De quoi avoir des sujets de conversations avec son oncle…

Après une incursion dans l’univers silencieux et sombre de Thomas Ott, nous continuons notre exploration des mondes fantastiques avec Ted Naifeh et sa série vedette Courtney Crumrin. Ted Naifeh est né en 1971, il commence sa carrière au début des années 90 en réalisant des histoires underground passant relativement inaperçues. Vers 1995, il décide de changer de carrière et s’oriente vers la 2D et la 3D en travaillant dans l’industrie du jeu vidéo. A cette époque, il autoédite en compagnie de Serena Valentino les premiers numéros de GloomCookie, une série de petites histoires se déroulant dans la communauté gothique. Le punk, le gothique, des thèmes qui marquent son univers. En 2000, après avoir quitté son job, abandonné sa série et quelques insomnies, il imagine l’histoire d’une petite fille confrontée aux êtres fantastiques peuplant les nuits des enfants. Courtney Crumrin et les choses de la nuit sont nées. Mais il faut attendre 2003 pour connaître le succès avec une nomination aux Eisner Awards. Depuis, Ted Naifeh a publié, entres autres, Polly et les pirates édités en France par les Humanoïdes associés.

L’univers gothique définit profondément l’œuvre de Ted Naifeh. La petite Courtney ne ferait pas tache dans une production de Tim Burton. Cet esprit entre rêve et réalité, on le retrouve dès le premier coup d’œil. Tout en subtilité, l’auteur travaille constamment sur un équilibre reposant sur le traitement du noir et du blanc. Au passage, Zorg affiche clairement sa préférence pour les versions non colorisées de cette série. Il constate que la technique employée éclaircit l'ensemble. Effectivement, on ne retrouve plus vraiment ce côté sombre, lugubre et intriguant qui fait naître le frisson et l'ambiance de cette série. Cet équilibre se retrouve jusqu’au trait même de Ted Naifeh. Les visages ne fourmillent pas de détails mais sont expressifs, les décors sont réalistes, les monstres et les hommes sont parfaitement dessinés mais les personnages ont 4 (voire 3 parfois) doigts pointus ! Bref, nous oscillons toujours entre réalité et fantasmagorie. Globalement, on ressent un grand plaisir dans le dessin de Ted Naifeh, il suffit de voir ces grandes planches pleines pages impressionnantes disséminées tout au long du récit. Résultat, comme le souligne Mo’ avec justesse, le lecteur se retrouve finalement très à l’aise dans cet univers peuplé de monstres et de figures inquiétantes.

Courtney Crumrin est une série reposant sur l’atmosphère rendue par son dessin mais aussi par la qualité de son héroïne. Mike aime son côté insolent, rebelle, renfermé, courageux voire tête brulée. Mais elle est aussi d’une rare intelligence, d’un grand sens de la justice et d’une certaine forme de perversité. Destinée au départ à un public adolescent, Paul pense que cette série passionnera tout autant les adultes grâce à un scénario très bien ficelé, à la fois drôle et sombre. Yvan souligne le caractère doublement initiatique du récit. L’héroïne découvre non seulement l’univers magique mais aussi les rapports humains (et extra-humains). En parallèle à sa vie d’apprentie magicienne, Courtney se retrouve constamment confrontée aux dangers du monde de la nuit mais aussi à sa propre situation d’enfant rentrant dans l’adolescence… donc aux problèmes inhérents à cet état ô combien complexe. De là à voir une symbolique entre ces deux univers… Bref, confrontée aux autres et à soi-même, elle doit devenir plus forte pour survivre dans un monde particulièrement cruel où la notion de moralité est toute relative. Résultat, le personnage murît et l’histoire s’enrichit au fur et à mesure de ses aventures. Si l’oncle Aloysius, figure paternelle du récit, devient l’un des héros incontournable de la série, d’autres personnages secondaires font peu à peu leur apparition et donnent une vraie profondeur à l’ensemble.

Je terminerai cette synthèse sur la conclusion simple et juste de David F., une conclusion qui résume parfaitement la position de l’équipe sur cette série : l’univers de Courtney Crumrin est fascinant. Ne le ratez sous aucun prétexte !

PS : Si vous avez envie de découvrir l’univers de Courtney Crumrin, sachez qu’une très belle intégrale en noir et blanc des 3 premiers volumes (400 pages !) est disponible. Le volume 5 est sorti au mois de juin dernier. Vous pouvez également découvrir la jeunesse d’Aloysuis dans deux volumes hors série.

 

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Sara 23/08/2012 11:41

Tentée depuis lontemps par cette série. Cet avis achève de me convaincre: je crois qu'elle va me plaire !

ZorgBlog 13/08/2012 11:36

Oui la version couleur est inutile mais je suppose que c'est un moyen comme un autre pour tenter de relancer les ventes... Pourtant parfois la version couleur apporte vraiment un plus au dessin et
au récit, et c'est le cas, je trouve, pour les nouvelles versions couleurs de Freak squeele.

David (IDDBD) 12/08/2012 12:08

Je n'ai pas eu l'occasion de lire la version couleur, c'est Zorg qui a eu cet honneur, mais je vois que notre avis va dans le bon sens. Merci ^^

Radicale 12/08/2012 10:31

Fan de la série, je plussoie : j'ai eu en main la version poche colorisée, et elle est très en dessous du noir et blanc, qui colle si bien à l'ambiance !
Merci pour cet article très complet.