Elmer (Alanguilan)

Publié le par k.bd

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Cette semaine, c’est moi qui ai l’honneur de continuer à vous faire découvrir le thème intitulé « biographies fictives », choisi par l’équipe de K.BD pour être le thème de ce mois d’avril aux allures estivales. Faisons un pas de plus, et quittons le quartier lointain de Jirô Taniguchi pour nous intéresser à une bande dessinée tout à fait étonnante, Elmer de Gerry Alanguilan

 

Mais avant toute chose qui est Gerry Alanguilan ? Auteur inconnu ? Et bien pas tant que cela, et le petit texte sur le quatrième de couverture signé Neil Gaiman (rien que ça !) est là pour vous le prouver. Gerry Alanguilan est l’auteur de comics très populaires aux Philippines comme par exemple Wasted, Humanis rex ou Crest hutt butt shop. Des albums qu'il publiera lui-même par l'intermédiaire de sa société Komikero Publishing. Parallèlement à cette expérience d’auteur indépendant et parce qu’il faut bien manger tous les jours, il participe à à l’encrage de comics Américains célèbres (X-men, Wolverine, Fantastic four) et travaille en collaboration avec d'autres auteurs d'origine Philippine comme Leinil Francis Yu (X-Men, New Avengers) ou Whilce Portacio (StormWatch : Team Achilles, Iron Man, Uncanny X-Men).

 

Graphiquement, on constate rapidement que le dessin noir et blanc est fouillé et que ce côté hyper-détaillé et fourmillant de détails est l’un des vestiges des études d’architecture qu'a suivit l’auteur. Chaque perspective est parfaitement réalisée, les paysages bluffant et les personnages expressifs. Un trait précis et réaliste qui accompagne de la plus belle des manières un récit extrêmement riche. 

 

Justement revenons au récit en lui-même. Etonnant vous disais-je en introduction, car Jake Gallo, personnage central de ce récit, est en fait un poulet ! Oui un poulet tout ce qui a de plus « poulet » avec des pattes de « poulet », des cuisses de « poulet », une crête, des plumes de « poulet »…et doté de la parole comme tous ses congénères qui vivent sur Terre ! Et oui, il va falloir vous y faire, tous les gallinacés de notre planète sont devenus subitement conscients. C’est en 1979, suite à un phénomène totalement inexplicable, qu’a eu lieu cet étrange bouleversement. Depuis cette date, et petit à petit, poulets, coqs et autres habitants de nos basses-cours sont devenus de plus en plus intelligents, apprenant à parler, écrire, vivre comme les humains jusqu'à obtenir une forme de reconnaissance de la part de l'humanité qui votera des lois visant à protéger cette espèce. Phase finale d’une intégration qui semble réussie.

Et voilà que le mot est lâché « intégration » ! Voici l’idée principale, le fil conducteur que Gerry Alanguilan déroule sur plus de 140 pages.

 

Cette BD, relate avant tout une histoire touchante, celle d’un fils qui découvre ce que son père à dû traverser tout au long de sa vie. Cette transmission de l’histoire familiale dont Jake n’avait pas connaissance, va le bouleverser. C’est au travers d’un journal intime que lui a laissé son père, Elmer, que Jake va découvrir l’histoire de la famille Gallo, son histoire, mais aussi celle de son espèce, Histoire d’une révolte qui emprunta des chemins sanglants. Mais aujourd’hui rien n’a finalement changé. Les violences d’hier ayant laissé place à un mal que Jake connaît bien, que nous connaissons tous puisque toujours d’actualité, la discrimination.

 

C’est à partir de ces deux mots, intégration et discrimination que le scénario de Gerry Alanguilan puise toute sa force. Car cette lutte que mènent les gallinacés pour accéder à des droits égaux à ceux des hommes nous renvoie inéluctablement à l’Histoire de bon nombre d'individus qui ont subi ou subissent encore aujourd’hui des persécutions de toutes sortes à cause de leur différence ethniques, de leur couleur, de leur religion, de leurs orientations sexuelles ou de leur apparence physique.

Gerry Alanguilan fait référence à des heures sombres de l’Histoire humaine, utilisant, par exemple, l’image des poulets élevés en batterie et leur exécution sanglante, allusion aux camps nazis. D’autres références comme l’apartheid pourrait être citées, des exemples d’intolérances, de racismes et d’exclusion encore et toujours d’actualité malheureusement.

 

Pourtant derrière cette façade sombre de l’esprit humain, de la lumière jaillit comme souvent dans ces cas là, quelqu’un se démarque des autres et cette personne, ici, c’est Ben, le fermier ami d’Elmer et de la famille qui va à lui seul redonner espoir à Jake. Il existe encore des Hommes bons… ouf !

 

Vous l’aurez compris, Elmer est de la trempe de ces albums qui ne vous laisse pas insensibles. Le genre de livre que vous refermez en vous posant pas mal de questions existentielles et fondamentales. Et ce ne sont pas mes camarades de K.BD, qui diront le contraire. Yvan à été charmé par cette vision du genre humain émouvante et d’une rare intelligence. Quant à Lunch, malgré ses quelques difficultés à rentrer dans le récit, il finit par adhérer totalement, ému par ce scénario savoureux. Une émotion qui a gagné également Badelel, puisque quelques larmes sont venues mettre un point final à sa lecture.

Pour ma part, Elmer fut une découverte, une perle du neuvième art à ne pas rater.

 

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