From Hell (Moore & Campbell)

Publié le par k.bd

 

entete from hell

 

Mai sonne comme le mois des tueurs en série sur k.bd.
Nous avons commencé par l'emblématique Henri Désiré Landru, mis en lumière à sa façon par Chabouté. Puis nous avons peu à peu laissé de côté l'Histoire pour se porter, plus légèrement, vers la fiction. La vie de Norman (Stan Silas) tout d'abord, puis Monster (Naoki Urasawa), plus récemment.
Le retour à la réalité n'en sera que plus glaçant. Car je vous propose de poursuivre la thématique avec le serial killer le plus légendaire qui soit. Criminel souvent repris au travers de la littérature mais jamais attrapé : Jack the Ripper (Jack l'Éventreur) !

Des thèses sur l'identité fantasmée de Jack l'Éventreur, il y en a eu des centaines. Mais finalement très peu en bande dessinée. Le duo espagnol Segura/José en 1992. Et le tome 4 d'une série sur Sherlock Holmes par le duo Duchâteau/Stibane en 1994.
Et donc : From Hell, par Alan Moore, épaulé d'Eddie Campbell au dessin.
Une histoire qui est considérée comme l'une des œuvres maîtresses d'Alan Moore avec V pour Vendetta et Watchmen.
La série verra le jour en fascicules de 1991 à 1998 avant d'être éditée en recueil en 1999, puis en france en 2000.
Un travail de longue haleine donc, qui se base sur la théorie de Stephen Knight (Jack the Ripper : The final solution) selon laquelle la reine Victoria aurait sollicité l'intervention de la Franc-Maçonnerie pour se débarrasser de quatre prostituées menaçant la couronne. En effet, elles auraient eu vent de rumeurs selon lesquelles le Prince Albert aurait eu un enfant illégitime. Et c'est un médecin, royal qui plus est, Sir William Gull, qui aurait été chargé de cette basse besogne.

Un recueil lourd de 600 pages pour justifier la théorie et la rendre crédible.
La question est donc de savoir si ce but a été atteint. Mo', Yvan et moi-même sommes plutôt emballés. Badelel est un peu moins convaincue, mais reconnait que la longueur de la construction permet une immersion totale dans une l'histoire, au point de renforcer une impression constante de déjà-vu.
La longueur, parlons-en justement. Car nous avons tous trouvé l'album très volumineux et par là même difficile à ingurgiter. Si je l'ai pour ma part lu d'une traite (les déplacements professionnels avec 10 heures de train, ça aide) j'ai tout de même eu du mal à rentrer dans l'histoire. Une entrée en matière qui pose de nombreuses bases mais qui rend la lecture chaotique. Des longueurs cependant nécessaires pour Badelel et moi-même, tant il était important de solidifier le scénario pour le crédit de la thèse du complot, mais aussi afin de donner de l'envergure au cocher, qui nous l'apprendrons plus tard, est d'une importance capitale dans le récit.

From Hell est une œuvre dont la construction s'assimile facilement à un roman. On est plongé dans le Londres de la fin du 19ème siècle et dans ce quartier pauvre de Whitechapel, quartier de misère et de stupre qui contraste nettement avec l'environnement des milieux aristocratiques de certains protagonistes.
On se rend très rapidement compte lors de notre lecture qu'Alan Moore s'est énormément renseigné sur le sujet. Il exploite les rapports d'autopsie (et en particulier celui de Marie Kelly, utilisé mot pour mot) et même les photographies d'époque, que nous retrouvons illustrées par le dessin d'Eddie Campbel.

Enfin, pour souligner le talent d'Alan Moore s'il était encore à prouver, nous avons le droit à une lecture à plusieurs niveaux, dans laquelle tous les événements sont imbriqués, dans laquelle les mots peuvent avoir des répercutions des centaines de pages plus loin.
Yvan crie au génie sur l'idée développée de la « 4ème dimension », confortant à l'assassin un rôle intemporel qui nous laisse songeur sur les tréfonds de l'âme humaine :
« Cela commence, Netley. Cela ne fait que commencer. Pour le meilleur et pour le pire, le vingtième siècle. Je l'ai accouché. »

Alors... From Hell, chef d’œuvre de la bande dessinée ?
Il en serait probablement ainsi pour nous tous si le scénario, grandiose au possible, n'était pas desservi par le dessin d'Eddie Campbell. C'est du moins ce qu'en pensent la majorité d'entre nous.
Un dessin sombre et hachuré qui n'augmente pas la lisibilité d'un récit qui manque déjà à la base de fluidité selon Yvan. Un graphisme lourd et pesant pour Mo', avec certaines cases saturées rendues illisibles par la multiplication des traits, en particulier pour les scènes de nuit.
Mo' et moi-même avons cependant trouvé un certain talent à Eddie Campbell pour dépeindre les lieux de Londres, en particulier lors de la visite occulte et Maçonnique avec le cocher Netley. Mais les personnages au visage changeant et brouillon n'ont pas fait l'unanimité, c'est le moins qu'on puisse dire.
Un graphisme haché qui était pourtant adapté à la narration selon Badelel et moi. Badelel est même la seule à ne lui trouver que des qualités : il nous transporte sous le crachin londonien, il correspond à l’atmosphère glauque de l'histoire, et il est le plus judicieux pour mettre en valeur l'esprit de la bande dessinée.

Une question demeurera toujours sans jamais trouver de réponse : Mais qui est Jack l'Éventreur ?

From hell

Mr Lusk,
Sor
I send you half the Kidne I took from one women prasarved it for you tother piece I fried and ate it was very nise. I may send you the bloody knif that took it out if you only wate a whil longer

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Catch me when you can Mishter Lusk

 

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Publié dans Synthèses

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Commenter cet article

Mo' 23/05/2011 10:02


et présent dans la sélection Masse Critique qui s'ouvre aujourd'hui sur Babelio...


Lunch 23/05/2011 09:43


4 tomes pour Alec, mea culpa : le dernier est justement sorti cette année.


Lunch 23/05/2011 09:39


Eddie Campbell est surtout connu pour son travail sur From Hell.
Il a visiblement dessiné un Batman pour DC comics, mais surtout beaucoup d'albums auto-édités et autobiographiques.

Un seul de ces albums est paru en France en plus de From Hell : Alec, chez Ça et là (3 tomes).


Mo' 23/05/2011 08:12


A vrai dire, je ne connais absolument pas le travail d'Eddie Campbell. Je l'ai découvert avec cet ouvrage et sa prestation ne m'a pas réellement donné envie d'aller plus loin avec cet auteur. Mais
c'est effectivement fort possible qu'il ait volontairement cherché à entretenir un flou (artistique ??^^) pour créer une ambiance graphique propre au vieux Londres, à la crasse, à l'angoisse. Je
dois dire que le fais d'avoir à scruter en permanence les cases m'a maintenue sur le qui-vive pendant la lecture


Lunch 22/05/2011 22:42


Faut voir le bon côté des choses Mo', tu as vu que la scène se déroulait dans un fiacre, avec une femme, et ce malgré la pénombre (c'était une scène de nuit) !

Pour répondre plus sérieusement, j'ai mis un peu de temps à rentrer dans l'histoire. La faute au scénario qui ne rentrait pas directement dans le vif du sujet (mais dont les bases étaient cruciales
pour bien asseoir le récit). Mais aussi au dessin, il faut bien l'avouer.
Pourtant, j'en ai rapidement fait abstraction, et la scène que tu cites je n'y ai finalement vu que du feu (ne le prenez pas au premier degré, le fiacre n'a pas fini en flamme).
Le dessin de Campbell est pas facile à appréhender. Mais son style correspond à l'ambiance, au thème et à l'époque.
Maintenant, il n'est pas parfait, c'est certain, et d'autant plus sur les faciès des personnages.

Est-ce que ce "flou" n'est pas voulu, finalement ?
Je dis pas ça pour masquer les lacunes du dessinateur. Cela pourrait être une piste de réflexion après tout... nous sommes là dans une légende et nul assassin n'a été arrêté pour ces crimes.