Inès

Publié le par k.bd

 

entete inés

 

Jeudi 7 Septembre, 21h30. Un couple banal, dans un immeuble banal, passe un moment banal. La femme passe un peu de son temps devant son ordinateur, tandis que son conjoint joue à un jeu vidéo. Mais au milieu du bruit de la télévision, la fille entend quelque chose : des cris, une enfant qui pleure et qui appelle sa mère. C'est la même chose tous les soirs...
Inquiète et décideuse de savoir ce qu'il en est, elle court chez le voisin pour lui demander si tout va bien. Un homme, tout sourire, calme ses appréhensions, et referme sa porte. Ce qu'il se passe à l'intérieur - un homme qui bat sa femme, une petite fille qui entend tout - elle ne le saura que bien plus tard...

Au début, ce sont des jours, puis petit à petit, sans qu'on s'en rende vraiment compte, ce sont des heures, puis les dernières scènes ne sont plus espacées de quelques minutes seulement. Ce type de narration où les dates rythment le récit et accentuent la pression et la crainte à mesure qu'on avance dans la lecture, on le connait. Et ça finit souvent mal.
Inès fait parti de ces récits-là. Il traite d'un sujet des plus graves : la violence conjugale.

Loïc Dauvillier n'en est pas à son premier album choc. Il aime bousculer le monde de la bande-dessinée et il le fait bien. Si ses premiers pas étaient plutôt orientés vers la jeunesse (La petite famille), il s'est rapidement tourné vers les adaptations de romans (Oliver Twist) et sur la BD adulte. Déjà Nous n'irons plus ensemble au canal Saint-Martin abordait la vie quotidienne comme un coup de poignard. Des histoires ordinaires et percutantes à la fois, des portraits d'hommes et de femmes, des thèmes graves qui montrent la détresse humaine, sans fard. Avec Inès, il a voulu dénoncer quelque chose de fort, de violent, quelque chose qui le travaillait depuis longtemps.
Ce n'est pas la première fois que Jérôme D'Aviau travaille avec Loïc Dauvillier. C'est chez les Enfants Rouges qu'ils ont fait leurs premiers pas ensemble, avec Ce qu'il en reste, puis Nous n'irons plus ensemble au canal Saint-Martin.
L'album, ils ont mis cinq ans pour le construire, c'est un aboutissement. Il dénonce une violence tout autant physique que verbale, il crée le débat, dans un monde la plupart du temps tabou, aveugle et sourd. Ce livre, c'est la bouffée d'oxygène de toutes les associations sur la violence conjugale. Il leur permet de recourir à un support intermédiaire pour créer le débat via des groupes de paroles, il contribue à lever le tabou sur ce problème de société.

Le scénario est haletant, percutant. Nous sommes dans un huis-clos, on est oppressé, on étouffe. Le ton monte tout du long, plus on avance et plus on se doute qu'il va se passer quelque chose, on le sait, on le sent. Que se passe-t-il dans nos têtes à ce moment-là ? Certains auraient envie de crier, d'autres se tairont, sûrement. Nous subissons tous le même malaise.
Le tout est superbement accompagné par le dessin de Jérôme D'Aviau. Fin et léger, il retranscrit simplement une histoire pourtant poignante. La multiplication des traits est là pour assombrir les cases plus pesantes et contribue à cette atmosphère étouffante. Il faut beaucoup de maîtrise pour réussir ce genre de projet, souligne d'ailleurs David.

Pour la plupart, nous avons apprécié.
Pas un n'a lâché la lecture en cours, nous avons tous pris la même claque, bien cinglante. Et même longtemps après, nous nous souvenons très bien du contenu et des sentiments qui nous ont traversés.
Si David, Badelel et moi-même (Lunch) avons trouvé le sujet brillamment mené, Mo' a été écœurée par le message que véhicule cet album : des protagonistes confrontés à une violence conjugale mais qui ne font rien pour la dénoncer.
On se pose tout un tas de questions. Que devons-nous faire face à un tel problème ? Dans quel personnage nous trouverons-nous si jamais un voisin ou un ami violentait sa femme ou son enfant ? Serons-nous sourds, aveugles, muets... un mélange de tout cela ? Oserons-nous prendre les devants pour signaler nos doutes ?
Qu'on aime ou qu'on aime pas, nous en parlons, et c'est bien là l'essentiel.

Si vous avez aimé Inès, nous vous conseillons la lecture de Pourquoi j'ai tué Pierre, d'Olivier Ka et Alfred, ou Elle ne pleure pas elle chante d'Éric Corbeyran et Thierry Murat. Ou encore Ayako d'Osamu Tezuka.

 

signature lunch juin 2010

Publié dans Synthèses

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Yaneck 18/10/2010 07:15


J'avais vaguement parcouru l'album, et je crois savoir ce qu'il ne est de la menace qui plane? Mais bon, ça reste difficile à lire.
Oui, qui sait si je ne le lirai pas un jour... Sans doute que si.


Lunch 18/10/2010 01:06


Merci, ça me va droit au cœur :)

Oui on étouffe, et c'est voulu je pense. Car le sentiment de malaise est présent tout autant dans la narration de Loïc Dauvillier que dans les traits de Jérôme D'Aviau.

La "menace qui plane"... je te laisse rouvrir le livre et tenter de le lire jusqu'à la fin.
Je ne voudrais pas te gâcher l'effet, si jamais tu oses un jour revenir sur la lecture :)


Yaneck 17/10/2010 21:40


La bouffée d'oxygène est pour les associations, mais si vous me permettez d'user de cette image, j'ai pour ma part suffoqué dès les premières pages. La violence insidieuse de ces actes, se traduit
parfaitement dans l'histoire et dans les planches. Ca a été trop pour moi, surtout la menace qui plane (je ne sais plus si elle s'abat finalement) sur l'enfant. Je n'ai pas pu terminer, comme vous
le savez les kbdiens.

Sinon, Lunch, permets moi de te dire que tu as fait un très bon texte.


Mo' la fée 17/10/2010 13:09


oui, un des rares albums où j'ai ressenti le besoin de m'isoler en sortant de la lecture


valérie 17/10/2010 12:48


Un album fort mais j'ai trouvé que l'histoire était trop simple, trop minimaliste. Il n'empêche que l'ensemble fait froid dans le dos.