L'Aigle sans orteils (Lax)

Publié le par k.bd

 entete aigle sans orteils

 

Ce dimanche 22 juillet n’est pas qu'un simple dimanche d’été, c’est aussi le jour d’arrivée du Tour de France dans la capitale parisienne.
Puisque ce mois de juillet est un mois sportif sur k.bd, nous avons décidé de marquer cet événement annuel tout spécialement, de mettre à l’honneur un album sur le vélo, mais pas seulement. Car L’Aigle sans orteils est aussi un récit d’un autre temps… retour vers les années 1905.

À l’époque, pour faire du vélo il fallait :
- bien évidemment un vélo
- quelques rustines et boyaux de rechanges
- de l’entraînement et un physique de champion
- et surtout une bonne dose de courage.
Nombreux sont ces valeureux héros qui se sont lancés dans l’épreuve et qui ont dû, par la force des choses, abandonner. Des chutes douloureuses, la crevaison de trop, le corps qui ne suit plus, la volonté qui défaille, les raisons de ces abandons étaient nombreuses et les motifs bien présents. Il en fallait de l’abnégation pour poursuivre, pour se dépasser et vaincre les sommets. Des héros qui, si nous osons les comparer à ceux d’aujourd’hui, n’ont plus la même allure. Amédée Fario, dit l’Aigle d’Esponne ou sans orteils, est de cette trempe.

Cet homme-là a du cœur, c’est le moins qu’on puisse dire. Alors qu’il termine son service à l’armée, il est amené à livrer des chargements en matériaux et matériels servant à la construction d’un observatoire au plus près du ciel. C’est là qu’il fait la rencontre de Camille Peyroulet, astronome passionné et fervent admirateur de la Grande Boucle. Amédée et Camille se lient d’amitié, et ce dernier parvient à transmettre au jeune gaillard son amour pour le vélo. Si bien que quelques ascensions plus tard, Amédée s’étant spécialisé dans les crapahutages de haute voltige, il n’aura plus qu’une seule idée en tête : s’acheter son vélo. Et un vélo de compétition, avec la dernière technologie du moment, ça représente quelques mois de salaire à braver la montagne, été comme hiver, avec ses pièges, la neige et le froid.
L’Aigle sans orteils est l’histoire d’un homme de conviction qui n’hésite pas à risquer sa santé pour accomplir son rêve. Le genre d’hommes qui connait les valeurs de la famille, de l’amitié et de la solidarité… même dans les moments les plus difficiles de la vie. Qui serait capable aujourd’hui de tourner le dos à une gloire promise pour s’en aller au front rejoindre ses vieux camarades ?

Nous avons tous une affinité différente avec le cyclisme. Certains d’entre nous portent peu d’estime pour ce sport, il est vrai peu aidé par ses faits d’armes de ces dernières années. D’autres au contraire sont passionnés de longue date, et j’en fais partie, pour ces hommes qui pratiquent mine de rien l’un des plus difficile, si ce n’est le plus difficile, sport de compétition. Des affinités variées mais toujours le même constat, celui d’un récit dégageant une immense humanité, de l’humilité, des valeurs et de la nostalgie. Les hommes de ce temps-là étaient vaillants ! Badelel parle même d’hymne au courage, d’une leçon de vie, elle qui pourtant hésitait à ouvrir la bande dessinée, peu attirée par ces couvertures aux aspects vieillots de la collection Aire Libre.
Cette bande dessinée est pourtant une véritable bouffée d’oxygène loin du dopage, de l’argent et de tous les problèmes extra-sportifs qui sévissent dans le milieu, exacerbés par des médias consternés mais friands de cette actualité.

L’Aigle sans orteils est surtout le récit d’un passionné de vélo. Car Lax, de son vrai nom Christian Lacroix, est depuis toujours fondu de cyclisme, fan de ces héros des montagnes qu’étaient Bahamontes, Hinault, Anquetil, Bobet et bien d’autres qui ont laissé leur empreinte de leur grandeur dans l’Histoire. Pratiquant à ses heures, il a su insuffler à son histoire des valeurs morales d’un autre temps, si bien qu’on se demanderait presque si ces hommes n’étaient pas irréels.
Un album très bien documenté et finement dessiné, qui retranscrit avec justesse les événements de ce début de 20ème siècle. Avec ce petit côté rétro dans le traitement graphique, dû en grande partie aux couleurs, douces et la plupart du temps composées d’un seul et même ton pour une situation donnée, qui assoit encore plus l’effet nostalgique de cette époque plus que jamais révolue. Des couleurs qui sont pour beaucoup d’entre nous un autre des points forts de cet album.
Si nous ne devions trouver qu'un point faible dans cette bande dessinée, ce serait sur son final, traité trop abruptement alors que l'auteur nous avait habitué tout au long de notre lecture à une narration plus posée, presque contemplative.

Pour ceux qui auraient aimé L’Aigle sans orteils, amateurs de vélos ou respectueux de l’œuvre de Christian Lax, une suite intitulée Pain d’Alouette se situe quelques années plus tard dans le temps (et disponible dans toute bonne librairie qui se respecte).


Nous l’avons dit :
Yvan : « Plus qu’un récit sur le vélo, l’Aigle sans Orteils est aussi un récit très humain sur le courage, la volonté, la montagne, merveilleusement dessiné et mis en couleurs. »
OliV’ : « Un peu de rêve et de nostalgie […] la réalité d'un coureur isolé (sans assistance) dans le tour, ses difficultés, sa souffrance. Lax mélange ici vélo et montagne, deux approches extrêmes où l'humilité l'emportera pour une aventure humaine grandiose. »
Mr Zombi : « On sent bien tout au long des pages, l’amour et la passion que porte Christian Lax au cyclisme et plus particulièrement au Tour de France. »
Choco : « Une histoire d'hommes simples et vrais, prêt à tout pour aller au bout de leurs rêves. […] Je n'ai aucune accointance avec cet univers et pourtant l'auteur a su m'embarquer dans la quête de son héros qui a su me toucher par son humanité et sa force mentale. »
Badelel : « L’aigle sans orteils est une histoire de caractère et de force d’âme, de lutte contre sa propre faiblesse et contre les terribles forces de Dame Nature et de la Loi de Murphy. Avec un final qui vous plombe un clown. »
Lunch : « J’ai aimé l’histoire de cet homme qui représente le passé, qui a tout donné pour sa passion, pour son rêve. Un homme juste et droit, comme on en fait plus aujourd’hui. Un homme qui inspire le respect et qui transpire la bravoure. »

 

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