L'île au poulailler (Mattiussi)

Publié le par k.bd

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« Salut, maudits-culs !
EH BEN !
Vos têtes de vieilles chattes font plaisir à voir ! »



Ah... les pirates !
Des forbans épris de liberté qui écument les mers en se tenant loin des lois et de la potence, des chasseurs de trésors, des rêveurs en somme...
Pourtant, cette liberté est toujours sujette à autorité, bafouée par les ordres, par l'avidité, les complots et les mutineries.
Les récits de pirates possèdent tous ce petit parfum de défi qui nous permet de nous échapper de notre quotidien trop bien ordonné. Ils déversent tous ce flot d'injures et de sarcasmes, ils portent tous bien haut l'étendard de la rébellion, symbolisé par le redoutable et redouté pavillon noir. Les pirates ont leur code d'honneur ; le genre est codifié... S'extirper de ce carcan : crime ou folie ?

Le titre (L'île au poulailler - prix Artémisia 2010) n'a pas la consonance d'un Long John Silver, il ne fait pas trembler comme un Barracuda, il ne porte pas la mention "pirate" ou "corsaire". Le ton est différent... assurément différent.


Bien loin de l'archétype usuel de la piraterie, Laureline Mattiussi (Petites hontes enfantines, La lionne) s'est surtout servie du thème comme un immense terrain de jeu, bottant le genre à grand coup de pied au cul. Le petit monde de la flibuste s'en retrouve tout chamboulé : l'auteure n'apporte pas ce souffle épique pourtant attendu (car systématique) mais offre une étonnante révolution.

C'est ainsi que le capitaine désabusé et orphelin de sa soif d'aventures croise la route d'une piratesse insoumise, libertaire et libertine. Sans peur et sans scrupules, elle lance son équipage à l'assaut du navire par pur plaisir de piller et pour récupérer un trône d'or, et donne elle-même de sa personne en s'occupant du capitaine.
Laureline Mattiussi laisse son récit voguer sur les flots : de l'action, du sexe bestial et vulgaire, des pirates piratés, un poulailler géant, des onomatopées qui s'affranchissent de leur rôle et des marchés fantômes... le rôle même du pirate est remis en question dans une réflexion s'articulant autour du second tome qui conclut ce diptyque.
L'île au poulailler (d)étonne.


Comme un symbole, l'épique des décors a marqué le pas face aux gros plans. Les dessins vont droit à l'essentiel et se focalisent sur les personnages, aussi truculents et grossiers que les dialogues.
Pour les accompagner, Isabelle Merlet (qui a une grande carrière de coloriste derrière elle et qui a collaboré avec des dessinateurs de renom comme Bastien Vivès, Hervé Tanquerelle ou encore Olivier Ledroit) y a appliqué des couleurs à dominance bleu-ocre. Une alchimie qui fonctionne plutôt pas mal. Il faut dire que ces deux-là se connaissent bien puisqu'elles travaillent ensemble dans le même atelier à Bordeaux, avec d'autres talentueux auteurs comme Jean-Denis Pendanx, Christophe Dabitch, Nicolas Dumontheuil, Jérôme d'Aviau, David Prudhomme et j'en passe...


Nous sommes tous d'avis que la vision des pirates de Laureline Mattiussi est remplie d'excellentes idée. Badelel regrette néanmoins l'overdose de stupre (et encore, elle n'a pas lu La lionne !), ces éléments trop farfelus qui s'accumulent. Et puis il faut dire que l'air marin lui a manqué, le panache d'un Capitaine Sparrow aussi, sûrement.
Pour ma part, j'ai aimé cette série, son divertissement et son décalage. Et si je la recommande, ce n'est pas parce qu'elle est un énième récit de piraterie, mais justement parce qu'elle revisite le genre et qu'elle apporte un vent de fraîcheur incontestable.


Nous l'avons dit :
Badelel : « En tous cas, c'est une BD qui sent bon la testostérone, la baston et les couilles qui grattent. »
Lunch : « Si l'intrigue tourne toujours autour de ce trône d'or (...) elle n'est qu'un prétexte pour servir le fond : qu'est-ce qu'un pirate ? »
OliV' : « Un récit palpitant où se mêlent aventure et dialogues truculents. »

 

 

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