La position du tireur couché

Publié le par k.bd

entete tireur

 

Martin Terrier, Christian, Monsieur Charles. Autant de pseudonymes pour une seule et même personne. Un homme froid et méthodique, qui ne laisse rien au hasard. Il fait juste son boulot, ni plus ni moins, et se fait rémunérer comptant. L'affaire est simple : on lui donne un nom, une photographie, et les armes qu'il demande. Lorsqu'il a terminé, il vient chercher son cachet, et attend qu'on le contacte pour une nouvelle cible.
Mais la rumeur court qu'il veut arrêter. Ses employeurs le regrettent évidemment, mais ils comptent bien l'y aider... à leur manière !

La vie n'est pas un long fleuve tranquille lorsqu'on exerce le métier de tueur. Jacques Tardi adapte ici l'un des nombreux romans noirs de Jean-Patrick Manchette, considéré par certains comme le « pape » du néo polar.
Selon l'auteur de l'œuvre initiale, La position du tireur couché est « une histoire de tueur absolument sans intérêt intrinsèque, uniquement un exercice technique, de mon point de vue, qui progresse à peu près régulièrement, mais glacialement. »
On ne pouvait pas mieux résumer le scénario tellement il est rythmé, malgré ses presque 100 pages.

Jacques Tardi, c'est l'auteur par excellence capable de faire ressentir cette ambiance de polar à l'ancienne. Inutile de présenter ce grand monsieur, depuis longtemps déjà grand prix d'Angoulême, c'était en 1985.
Allez, hasardons-nous quand même à citer quelques uns de ses nombreux titres : Mine de Plomb (1985), Adèle Blanc-Sec (1976-2007), les adaptations des romans de Léo Malet sur Nestor Burma (1982-2000).

Sa collaboration avec Jean-Patrick Manchette est ancienne, puisqu'ils ont travaillé ensemble sur Griffu en 1978. Puis Jacques Tardi a adapté Le petit bleu de la cote ouest en 2005, dix ans après la disparition de l'écrivain.
Une alchimie diabolique d'après David : le dessin de l'un s'associant à merveille au scénario de l'autre.
Et il faut bien l'avouer, il n'y a pas mieux que Tardi pour illustrer le Paris des années 70 : décors, vêtements, voitures, unes des journaux, on s'y croirait !

Les personnages massifs et hiératiques grincent un drame inéluctable où le blanc faussement domine.
L'album retrace une ambiance très noire, avec un récit sans concession et sans affect.
David souligne d'ailleurs que l'environnement des personnages est plus important que l'histoire en elle même, et que les protagonistes n'ont rien d'attachant.
Alcoolisme, adultère, manipulation, meurtres, traitrise… mais aussi un univers de contrastes permanents. Il faut dire que l'opposition est forte entre le milieu rural français et le grand banditisme. On est quand même parfois pris d'affection pour ce Martin Terrier un peu simple d'esprit, lui qui croit dur comme fer à une promesse vieille de dix ans.
Une narration méthodique, chirurgicale même d'après Mo' : le rythme est déroutant et apporte une foultitude de détails d'une précision infinie. On ne nous laisse pas le temps de souffler. Un récit pourtant volubile, en parfaite opposition avec les personnages, laconiques au point même d'en perdre « la voix » à la fin.
Badelel a trouvé la BD longue, de son côté. D'autant plus que c'est un polar et qu'elle n'aime pas cette ambiance.

Selon David, on ne ressent pas le fait que Tardi adapte seulement le roman de Manchette, on croirait à une étroite collaboration entre les deux hommes, comme par le passé.

D'un point de vue dessin, le noir et blanc colle parfaitement à l'ambiance de polar noir et froid.
Tout le monde s'accorde à dire que Jacques Tardi est l'homme de la situation, et que son graphisme est de loin le plus approprié pour ce type d'ambiance. Des lignes rondes, épurées, claires et détaillées. Le dessin « vieille école » d'après Badelel. On va droit au but, sans fioritures, comme pour mieux accompagner ce récit où les moindres détails ancrent dans la boue du réel, où la violence presque ordinaire rappelle combien la vie est dure.

Et on en pense quoi de tout ça finalement ?
Mo' a eu la désagréable impression d'être en dehors du récit, de ne pas s'être totalement immergée dans l'histoire. Elle a parfois eu du mal avec les scènes violentes, lorsque les bouts de cervelles volent en éclat, tout en y trouvant cependant quelque chose de fascinant.
Badelel a été prise du même malaise, d'autant plus avec la scène du petit doigt. Elle qui n'aime pas les romans noirs a eu beaucoup de difficultés à rentrer dans l'histoire. Elle n'y était pas à son aise.
Toutes deux ont apprécié la lecture tout de même, mais en prenant des pauses nécessaires.
David est ravi d'avoir pu redécouvrir le roman au travers de la lecture de cette bande dessinée, et trouve l'adaptation très fidèle.
Zorg a trouvé une excellente bande dessinée lui aussi, et avoue avoir toujours adoré le style tout en rondeur et remarquablement détaillé de l'auteur.
Pour Champi, La position du Tireur Couché est un nouveau de ces noirs bijoux dont Tardi a le secret.
Votre humble serviteur, bien que n'étant pas un grand amateur de polar et n'en lisant pour ainsi dire jamais, et bien que n'étant pas un fervent supporter du dessin noir et blanc, a tout de même apprécié la lecture : un album bien construit.

Si nous devons vous conseiller des lectures du même genre, nous vous proposons surtout de découvrir d'autres œuvres de Jacques Tardi, si ce n'est déjà fait. Les Nestor Burma : Brouillard au pont de Tolbiac, 120 rue de la gare, Casse pipe à la nation...

Voilà pour cette première chronique k.bd du mois, que nous abordons dans le cadre de la thématique « enquêteurs, policiers et agents secrets ».
Nous n'avons plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture !

 

signature lunch nov 2010

Publié dans Synthèses

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Lunch 06/12/2010 09:08


Je suis pas un grand fan de polars non plus. Ce que j'ai justement apprécié dans cet album, c'est son côté expéditif.
En fait, lire un polar avec une enquête, tout ce qui fait les habitudes du genre, oui je pense que je me serais emmerdé.
Mais là, tout va très vite et y'a pas besoin d'enquêter sur quoi que se soit. On ne se pose pas de question et on vit la lecture à 200km/h.

Ce n'est que mon avis et on est 6 à avoir lu l'album.
Et je n'ai pas non plus trouvé que c'était l'album de l'année personnellement.

J'ai vu une vidéo sur la façon dont Tardi avait conçu le storyboard. J'ai aussi eue cette impression de rapidité dans sa conception. Mais c'est voulu : le roman de Jean-Patrick Manchette était
expéditif, l'adaptation BD l'est encore plus.
Voilà le lien sur rue89 :
http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/2010/11/28/comment-adapter-un-polar-de-manchette-la-lecon-bd-de-tardi-178027


Elouarn Blade 06/12/2010 06:37


j'aime plutôt Tardi, je ne suis pas allergique aux polars mais j'ai détesté ce bouquin.
On sent que Tardi rame pour mettre en case tout ce qui se passe ds le roman. c'est chargé, brouillon, sans rhytme. Il vaut mieux une adaptation moins fidèle pour un rendu lisible.
Quand à l'histoire : navrant (psycho des personnages ultrabasique)
en fait, non, je n'aime pas les polars (en fait qd j'ai appris que les Malaussène de Pennac en étaient, je me suis dis que j'en étais peut être un amateur, mais en fait non)


Mo' la fée 05/12/2010 13:14


Talentueux oui ! Prolifique aussi !! Pour moi, c'était une découverte d'auteur en tout cas et qui me conforte dans l'envie de me tourner maintenant vers les deux autres Tardi/Manchette et surtout,
vers ses récits de guerre.
Cet album est vraiment un bon début avec Tardi en tout cas. Tu as lu cet album ?


CRBR 05/12/2010 11:40


ha tardi quel talent , j'adore son graphisme, et ses ouvrages sur la guerre sont splendides!!!
http://www.crbrleblog.com