Le Fils de son père (Mariotti)

Publié le par k.bd

entete fils de son pere 

 

Si tu penses voir plus loin que ne montrent les images
et saisir le subtil au-delà des mots.
Si pour toi l’ellipse est affaire de cases
qui permet aux heureux de pénétrer le beau.

Si tu peux sans frémir ouvrir ton univers
à ceux qui sans connaître te regardes de haut,
et par ton énergie faire chuter leurs barrières
en leur donnant les clefs d’un horizon nouveau.

Si au matin ta lecture se fait au sens contraire
pour le soir revêtir la bannière étoilée.
Si tu passes tes nuits au creux des phylactères
à parcourir la route de mille vies rêvées.

Alors, le verbe et le trait, les héros et leurs créateurs
seront à jamais tes amis fidèles.
Et, ce qui vaut moins que les verbes et leurs auteurs
Tu seras chroniqueur BD, mon fils.


Petit clin d’œil malheureux à Rudyard Kipling et son merveilleux poème en guise d’introduction pour ce mois consacré aux liens familiaux. La famille c'est tout un poème, énervant parfois, essentiel bien souvent. Elle représente surtout l’enfance, le passé et la nostalgie des « dimanches à la con » comme disait Renaud, mais aussi une source d’avenir et de transmission. Bref, la famille c’est un lieu de rencontres entre les générations et par ce fait, un creuset d’histoires formidables.

Mais pourquoi lier famille et bande dessinée ? Depuis les années 90, une partie de l’édition du 9e art s’est orientée vers des œuvres plus intimes traitant du quotidien. Bien entendu, les héros n’ont pas disparu mais les gens du commun ont su devenir des personnages de bande dessinée. Et c’est bien connu si les êtres exceptionnels sont des solitaires, l’homme de la rue est noyé dans la foule et entouré par ses proches. Ainsi, frères, sœurs, tantes, grands-parents, cousines ou parents sont devenus importants, si ce n’est primordiaux dans certaines œuvres. Les souvenirs d’un parent dans Maus, la vie personnelle au milieu des siens dans Persepolis ou Broderies, l’évocation d’un drame familial (L’Ascension du Haut-Mal) ont été le moteur d’œuvres majeures et incontournables durant ces 20 dernières années. On pourrait en dresser une longue liste mais nous avons décidé de n’en choisir que quatre. Chacune à quelque chose pour plaire, chacune à son petit mérite et vous proposera une vision différente, parfois surprenante de la relation familiale.

Comme un symbole nous entamons ce mois avec Le fils de son père. Un album écrit par deux frères : Olivier signe scénario et dessins, Guillaume travaille la couleur. Le Fils de son père, deux frères… Oui, nous ne pouvions vraiment pas nous passer de cet album.

Le fils de son père, c’est Olivier. Artiste peintre au succès grandissant, marié, papa attentif et parfois maladroit de deux garçons, amateur de football, ami intentionné. Mais lors du vernissage de sa dernière exposition, un orage éclate. Alors que la lumière électrique s’éteint, un éclair zèbre la nuit et laisse apparaître une ombre. Olivier y voit un homme qu’il a perdu de vue depuis des années et tente de le rattraper. Cette silhouette c’est son père.

Aborder le thème difficile de la relation père-fils pour un premier album n’est pas la chose la plus simple. Olivier Mariotti a décidé pour cela de puiser dans sa propre vie et de laisser une large place aux souvenirs et aux sensations de l’enfance. Pour cela, il a fait le choix de mettre en place une construction à la fois classique et originale.

Tout d’abord, il travaille sur deux périodes chronologiques séparées par une rupture graphique grâce au traitement de la couleur effectué par Guillaume Mariotti. Le passé aux teintes pastels et au grain de crayon évoque le passé d'Olivier, lorsque celui-ci était le fils et qu'il partageait avec son père une complicité mêlée d’admiration et de désarroi. Puis le présent, avec des aplats de couleurs et la peinture d’Olivier devenu père qui rappelle étrangement les moquettes et tapisseries de son enfance.

Les deux époques se répondent et s’enchevêtrent sans jamais se confondre créant un rythme particulier renforcé par une composition surprenante. En effet, les planches sont toutes des gaufriers de 12 cases. Même si parfois, Olivier Mariotti adopte un jeu de puzzle digne du Philémon de Fred où les cases de la planche forment une même image, on entre malgré nous dans une rythmique régulière parfois lassante pour certains d'entre nous. Est-ce une sorte de représentation du temps qui passe ?

En tout cas, cette construction participe au jeu complexe de la description – et de la destruction – du rapport père/fils. Cependant, elle ne vous donnera pas la réponse de l’intrigue presque ordinaire de cet album. Pourquoi Olivier s’est éloigné de son père ? Doit-on fouiller dans son passé, dans son présent ? Doit-on trouver dans le rapport avec ses propres enfants une reproduction de son enfance ou au contraire combat-il les démons de son passé ? En vérité, les deux frères ne nous donnent que très peu de réponses et laissent au lecteur le soin d’analyser les angoisses paternelles de leur héros. Si Mr Zombi aime ce côté ouvert aux interprétations, Yvan regrette ce manque d’explications. Quant à Mo’, elle s’agace de ce grand écart constant et inexpliqué entre les deux époques.

Vous l’aurez compris, les cinq lecteurs de cet album sont assez partagés. David y voit un beau livre plein de tendresse tandis que Mo’ l’a trouvé fade et inintéressant. Au milieu de ces deux extrêmes, Yvan et Champi, malgré quelques critiques, ont apprécié cet album. Mr Zombi et moi-même avons passé un agréable moment de lecture.

Si tu as lu cette synthèse
sans jamais t’endormir
Si tu veux ramener ta fraise
sans jamais te trahir

Alors tu peux laisser un commentaire, lecteur !

 

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Publié dans Synthèses

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mariotti 09/11/2011 20:18


Vous avez raison David, il y a toujours un décalage entre le ressenti et sa traduction. Mais cette scène de plongée est importante car, non seulement elle est véridique, mon père m'avait jeté dans
le grand bleu sans préparation, et j'étais resté à l'attendre en plein cagnard (comme on dit dans le sud) mais surtout, elle montre que le fils n'a plus confiance en son père. Lors des séances de
dédicaces, beaucoup de personnes m'avouent avoir vécu la même expérience traumatisante de plongée. Je vous l'ai dit, j'aime particulièrement cette séquence car c'est la seule où les deux
personnages essaient de communiquer, mais chacun reste dans son monde. Je pourrais revenir longuement sur d'autres scènes, mais j'ai peur de devenir trop envahissant et didactique. C'est sans doute
mon côté prof qui ressort, désolé...
Olivier.M.


david 09/11/2011 19:09


Moi je dis, si une mauvaise critique permet de recevoir un album en avant première, ça risque de balancer pas mal ces prochaines semaines ^^

Sans rire, nous sommes en demande d'explications ! C'est une façon intéressante et enrichissante pour tout le monde de percevoir le décalage entre notre vision et la votre. J'avoue ne pas avoir
perçu la scène du plongeon comme aussi importante.
Je ne sais pas si ça vous est utile mais pour nous et nos lecteurs c'est un gros plus.


Joelle 09/11/2011 10:53


Eh non, je ne me suis pas endormie pendant la lecture de cette synthèse ;) Je compte lire cet album très bientôt alors je verrai si je fais partie de ceux qui ont aimé ou des plus tièdes !


Mo' 08/11/2011 17:53


mouarfff... Il ne faut pas tenter une diablesse comme moi car il se pourrait bien qu'elle accepte cette indécente proposition ! :)


mariotti 08/11/2011 17:06


Bonjour Mo,
vous n'avez pas à vous faire toute petite, bien au contraire. Je vous enverrai en avant-première mon prochain livre, et vous m'en ferez la première critique!!!!!
Olivier.