Le loup des mers (Riff Reb's)

Publié le par k.bd

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Les pirates et autres vieux loups de mer ont toujours fasciné les lecteurs et aventuriers de tout poil. On les trouve aussi bien en littérature qu’en bande dessinée. On ne compte plus les héros bourrus à la peau tannée par le sel de mer, les matelots au franc-parler vulgaire que la perspective d’un pillage fait danser la gigue sur le pont du bateau.
Aussi, ce mois-ci, l’équipe de K.bd vous propose de partir à l’abordage de quelques uns de ces vieux gredins, prêts à vous envoyer nourrir les poissons si vous ne leur faites pas honneur !

Rien de tel qu’un capitaine hors-norme pour débuter cette thématique !
Son nom : Loup Larsen. Ses origines : un créateur prestigieux du nom de Jack London. Ses caractéristiques : il peut se montrer aussi cruel que philosophe.
C’est le dessinateur Riff Reb’s qui nous offre cette libre adaptation du roman d’aventures de London.
Après A bord de l'Etoile Matutine (d’après Mac Orlan), c’est la deuxième fois que ce gredin s’attaque à un récit maritime.

Tout commence avec Humprey Van Weyden, un jeune homme un peu falot et critique littéraire de son état, qui par suite du naufrage de son ferry, est recueilli sur un phoquier nommé «Le Fantôme». S’il n’a pas compris que le terme annonçait la couleur de son périple, il est bien vite mis au jus quand il rencontre le capitaine de ce dernier. De fait, Loup Larsen impressionne et écrase de sa prestance le jeune érudit. Mis au travail forcé, contraint de s’éloigner un peu plus de son univers familier pour une chasse au phoque improbable dans les mers japonaises, Van Weyden va peu à peu découvrir la personnalité complexe de Loup Larsen qui, derrière des apparences de brute, cache aussi un étonnant esprit de réflexion et un fervent amateur de littérature et de philosophie. Deux hommes, deux visions de la vie, deux destins. Le voyage ne sera pas de tout repos.

Loup Larsen, ce vieux loup de mer qui donne son titre au récit, est certainement le personnage le plus marquant de cette histoire. Ce diable marin mène ses hommes avec haine et violence et ne s’encombre pas de morale ou de compassion. C’est un « tyran à la bestialité sauvage » (Choco) mais paradoxalement, c’est aussi un homme qui fascine par son érudition et sa philosophie de vie toute personnelle. Pour Lunch, c’est une force de la nature dont l'érudition « nous enivre d’une fragrance exquise ». Un personnage « ambigu » donc, comme le souligne Yvan, « qui ne croit en rien, ni personne ». Contre toute attente, le jeune critique littéraire va s’avérer l’interlocuteur idéal de notre capitaine. Sa personnalité diamétralement opposée, son caractère moins tape à l’œil en fait un homme bien plus lâche et plus malléable. Si pour ma part, je l’ai trouvé en deçà de la figure écrasante de Loup Larsen, Lunch trouve particulièrement intéressant sa figure d’homme brisé, obligé de se reconstruire et d’évoluer. Oliv’ considère que « La joute verbale entre les deux protagonistes principaux est à la mesure de la grandeur du paysage marin : profond et respectueux ». Zaelle souligne que les dialogues « sont souvent très drôles et toujours passionnants ».
Les débats philosophiques font suite aux tempêtes et au fil des pages, les échanges laissent apparaître un véritable débat d’idées. Champi y voit une confrontation : « Homme de terrain contre homme de plume, homme de l'être contre homme de lettres ». Loup Larsen a appris à vivre au jour le jour sans se défiler devant aucune de ses responsabilités. C’est un homme dominateur à tendance nihiliste, rigide dans ses actions qu’il n’est pas prêt à négocier. En face, Van Weyden met à profit sa souplesse d’esprit pour s’adapter à toutes les situations. Homme profondément moral, il croit en l’immortalité de l’âme. « Le premier commente et écrit l’Aventure, le second la vit. L’un croit en l’homme et à la grandeur de l’âme, l’autre ne croit qu’en la sélection naturelle, la loi du plus fort ». (Mitchul).
Nous sommes plusieurs à relever l’importance de la psychologie des personnages. Legof note que « Cette histoire est plus une histoire sur le caractère humain que sur le caractère aventureux, la promiscuité du bateau n’étant que le révélateur de ces relations/tensions ». Reprenant ici une des qualités du roman de London, Riff Reb’s livre une histoire « fluide, sans précipitation ». Badelel n’a d’ailleurs « pas senti le fait que c’était une adaptation ». Tout l’art de l’auteur est là. Tout en gardant le chapitrage d’origine, le dessinateur a su réinterpréter, recréer un récit avec ce qu’il faut d’ellipses et de non parti-pris. Si la lecture du roman permet d’entrevoir quelle vision London favorisait, Riff Reb’s ne prend ici aucun parti et laisse le lecteur seul juge.

Le travail graphique est loin d’être en reste. Toute l’équipe de k.bd a été littéralement subjuguée par le fantastique dessin de Riff Reb’s qui donne corps à cette aventure à la fois maritime et philosophique.
Oliv’ parle d’une ambiance à « couper le souffle » tandis que Legof se sent totalement immergé : « on sent ses pantoufles remplies de flotte, le bateau battu par les flots, on réajuste son ciré dans son divan ». Champi constate que « Les vagues sont vivantes, la mer respire, et les éléments, passant de l'apathie à la tourmente en quelques minutes, écrasent le misérable ballet des hommes ». Yvan décèle des personnages « pris en tenaille entre un commandant sans pitié et un environnement hostile qui ne réserve rien de bien meilleur ». Le huis-clos est palpable. L’ambiance est véritablement immersive.
Pour Zaelle comme pour moi, le dessin réalisé à l’encre de chine se fait « très précis » et « riche en détails ». Legof et Mitchul y voit même « le style expressionniste des gravures d’époque ». Badelel note « des cases pleines de mouvement ». Lunch souligne que « les gueules qu'il dépeint sont empruntes d'une grande expressivité, le plus souvent sadiques ou grinçantes il est vrai ». Loup Larsen « est à l'image de cet océan imprévisible et extrême. Un homme entier au caractère d'acier dans lequel on croit reconnaître l'ombre de LONDON lui-même » (Champi). « La fureur de l'océan, l'exaspération des marins, la folie qui peu à peu possède Larsen sont palpables » (Choco).
Ce dessin qui « dégage une aura exceptionnelle » (Champi) relève en fait d’un choix audacieux. Riff Reb’s a construit chaque chapitre dans une gamme chromatique différente. Cette bichromie « permet d'ancrer chaque passage dans une ambiance différente : le bleu des paisibles alizés, le vert de l'angoisse, le rouge du sang... » (Lunch). « L'auteur souffle ainsi le froid, le chaud et le glauque avec une densité et une intensité à couper le souffler » (Champi). Legof ajoute que « cet artifice nous permet de bien nous représenter la succession des périodes et le fait que du temps s’écoule entre les chapitres. C’est que le voyage en bateau dure de longs mois. »

Totale réussite que ce soit sur le plan narratif ou graphique, Le loup des mers a su convaincre toute l’équipe de K.bd, et bien d’autres encore ! L’album a d’ailleurs obtenu le prix de la BD Fnac 2013.
Jack London a su trouver un successeur à sa mesure et la libre adaptation que Riff Reb’s a réalisée tient à la fois de l’épopée maritime avec son lot de tempêtes et de canailles, et de l’aventure philosophique sous le signe de l’affrontement humain.

Nous l’avons dit :

Badelel : « Ça m'a donné envie de lire le roman de Jack London pour pouvoir à nouveau ressentir le flot d'ambiances de ce Loup des Mers ».
Champi : « Du grand art. (…) Un livre à lire absolument ».
Choco : « Le loup des mers est décidément une totale réussite. (…) Mélange des genres sublimé par un dessin qui frôle la perfection, cet album est pour moi un des albums de 2012 à retenir, un coup de cœur dont j'ai beaucoup trop tardé à vous parler ! »
Legof : « Le loup des Mers est un magnifique ouvrage extraordinairement fort sur les relations humaines. »
Lunch : « L'un des meilleurs livres qu'il m'ait été donné de lire cette année ».
Mitchul : « On est littéralement embarqué, pris au piège par cette lecture, tout comme l’est Humphrey par le loup des mers Larsen ».
Oliv' : « Entre débat philosophique et chasse cruelle des phoques, l'aventure est fascinante. »
Yvan : « Un travail remarquable, minutieux, riche en détails et terriblement immersif, qui invite à accompagner les craintes, la solitude et les incertitudes de cet écrivain qui se retrouve face à un tyran érudit qui fascine autant qu’il effraie. »
Zaelle : « Le Loup des Mers est vraiment une bande dessinée superbe, en tous points. (…) Un vrai coup de cœur ».

 

 

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Publié dans Synthèses

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Commenter cet article

lunch 24/06/2013 13:48

Et nous sommes très heureux de recevoir ce retour enthousiaste :)

Charlotte 23/06/2013 20:22

Je suis heureuse d'avoir lu votre article, j'ai adoré le Loup des mers !