Le rêve de Meteor Slim (Duchazeau)

Publié le par k.bd

entete météor slim

 

Hop hop hop, du calme mon pote ! Qu'est-ce que tu me raconte là ? Il t'a pas plu le spectacle de la semaine dernière ? T'as avalé un noyau de travers ? Le musicien n'a pas joué ?
Entre donc mon ami, entre donc. Et détends-toi !
Ce soir je te promets le meilleur du meilleur, un bon p'tit blues peinard, confortablement installé dans un bon divan tout moelleux. Il est pas beau mon p'tit cabaret ? T'as vu comme elles sont belles les frangines ce soir ? Prends-toi donc un p'tit whisky et oublie tous tes soucis. Laisse toi guider par le son.
Écoute-moi ça, il va entrer sur scène. Alors ouvre grand tes oreilles mon p'tit gars parce que ce soir, c'est Meteor Slim !

Meteor Slim ! En voilà un nom qui claque. Le genre de pseudonyme qui file tellement vite vers la gloire qu'on a pas le temps de voir l'ascension qu'il est déjà tout en haut de l'affiche. C'est qu'en plus il en a de la classe avec sa petite moustache. Et les frangines, elles adorent ça les belles moustaches !
Il est pourtant parti de pas grand chose ce brave homme. Edward Ray Cochran qu'il s'appelle en vrai. On dit qu'il a tout abandonné, sa femme enceinte, sa maison, ses amis et son boulot de merde pour réaliser son rêve et exercer son Art : le Blues ! Ah c'est pas forcément le meilleur des chanteurs, mais guitare à la main il n'a peur de rien. Il a le courage d'un lion et l'envie d'un jeune premier. C'est pas pour rien si Robert Jonhson nous l'a recommandé. Tu te rends compte, Robert Jonhson, l'icône du blues d'entre tous, il nous a parlé de ce p'tit gars là comme d'un prodige !

Chuuut. Silence. Le voilà qui entre en scène...


Allumez votre chaîne et mettez dans le lecteur un bon petit disque de Blues pour bien plonger dans l'ambiance de ces bars enfumés et crasseux. Si vous n'avez pas la chance d'avoir dans les mains la version collector de l'album assortie d'un vinyle, Yvan vous conseillera J.Hawkins pour une immersion totale. J'ai pour ma part une préférence pour Robert Johnson, qui accompagnera qui plus est votre lecture au cœur même du récit. Pourquoi pas Me and the Devil Blues, une chanson qui évoque comment le diable en personne lui a donné le don qui l'anime.

Il n'est pas nécessaire de vraiment connaître quoi que ce soit au Blues avant d’entamer cette lecture.
Nul besoin non plus d'aimer le Blues pour apprécier cet album.
Pour quelle raison ? Parce qu'il pue le Blues, il est l'essence même du Blues :
C'est un road-trip de ville en ville et de bar en bar. L'histoire d'un homme qui traverse les champs de coton et qui parcourt les routes poussiéreuses des States de long en large pour vivre sa musique. Le Blues de l'improvisation et de la liberté, celui qui vient des tripes et qui transpire le mauvais whisky, celui qui berce l'auditoire de sa voix rauque et qui fait écho aux conditions de vie des Blacks du Mississippi de 1935.

Le rêve de Meteor Slim pourrait être celui de tous ces Bluesman des années 30' vivant au rythme de leur musique.
On y croise d'ailleurs Robert Jonhson à de multiples reprises, mais aussi Big Bill Bronzy ou encore Son House.
Au travers de ces héros du Blues, Edward Ray Cochran se forge sa propre identité. Prise de conscience, destins croisés...

Frantz Duchazeau (Les cinq conteurs de Bagdad, La nuit de l'Inca, Les vaincus) fait plus que nous faire partager la vie dans cette Amérique noire et sudiste, il nous fait rêver...
Il a d'ailleurs trouvé avec cet album son propre chemin musical, celui qui l'amènera plus tard à dessiner Les jumeaux de Conoco station (2009) et Lomax (2011).
Durant les quelques 160 pages que comporte l'album, il nous époustoufle par son trait au pinceau et à l'encre – style feutre usé ou fusain – tout de noir et de blanc. Une technique qui retranscrit formidablement bien l'esprit du Blues. Les décors sont renversants et les expressions des protagonistes pleines de force et d'émotions. Le jeu d'ombres et de lumières, maîtrisé avec un incroyable talent, renforce cette ambiance calfeutrée qui se dégage habituellement de cette musique.
Des planches qui chantent le Blues, tout simplement.

Pour Yvan, le rêve de Meteor Slim est avant tout un album qui s'écoute.
Zorg, qui a lui aussi beaucoup aimé le voyage, considère que c'est une belle découverte.
Badelel, de son côté, ne l'a pas trouvée aussi musicale que nous. Elle l'a tout de même savourée, s'accordant à dire que le rythme lascif du récit allait de pair avec celui du Blues. A défaut de l'ouïe, il lui reste la vue, le goût et le toucher, ce qui n'est pas si mal !

Et moi dans tout ça, je considère que c'est un véritable exploit qu'a accompli Frantz Duchazeau. Un exploit qui me donne envie de sortir un son vibrant du plus profond de mes tripes. Voyons...
Mmmmmmm ! Mmmmmmm ! For my baby !

 

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Publié dans Synthèses

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Lunch 21/12/2011 13:54

Eheh, je ne critiquerais pas ce choix ;)

Joelle 21/12/2011 11:31

Un bijou que cet album mais bon, je ne suis pas impartiale parce que j'aime le blues ;) Mais même sans ça, on découvre comment la vie des musiciens noirs de cette époque se déroulait dans le Sud
des USA ... pas facile ! Et moi aussi, j'avais opté pour du Robert Johnson en écoute lors de cette lecture ;)