Le Sommet des Dieux (Baku & Taniguchi)

Publié le par k.bd

  entete sommet

 

Le matériel nécessaire pour mener à bien cette lecture du Sommet des Dieux par Yumemakura Baku & Jirô Taniguchi ne fait pas partie de la panoplie des coureurs actuels du Tour de France, bien au contraire. Ici, il faut s’armer de piolets, de crampons, de mousquetons, harnais, cordes, casques et autres sacs à dos, sans oublier l’appareil photo. Vous l’avez compris, nous partons vers le grand froid afin d’escalader le plus grand sommet au monde, l’Everest qui culmine à 8850 mètres.

Il est dit que ce sont les expéditeurs George Mallory et Andrew Irvine à avoir atteint ce sommet pour la première fois en 1924. Mais un doute plane, et la question est alors de savoir s'ils ont atteint le sommet ou non ? L’intrigue de cette série va tourner avec brio autour de cette question. Les qualités de respect, l'humilité, le savoir, la connaissance mais aussi l'esprit de compétition et de dépassement sont mises en exergue dans cet ouvrage. Des valeurs indispensables pour l'alpinisme, pour les sportifs et par extension pour tous bons japonais. Ce n’est pas Fukamachi Makoto qui va nous contredire. Membre d’une équipe japonaise venue vaincre l’Everest, il est le spécialiste en photographie. Le hasard (si cela en est un) va lui permettre de retrouver dans une petite boutique de matériels un vieil appareil photo qui va devenir le début d’un long reportage d’images souvenirs. Bien décidé à élucider l’un des mystères de l’Himalaya, Fukamachi va devoir faire face à des personnages hors du commun, des grands noms tel le prodige de la montagne Habu Jôji ou encore le talentueux Hase Tsuneo.

Au même titre que Les chevaux du vent de Lax & Fournier, c'est le toit du monde que Baku et Taniguchi nous offrent pour scène à ciel ouvert. Mais avant de l’atteindre et de toucher ce rêve de cime, cette histoire est aussi un désir partagé pour nos deux auteurs. En effet, le célèbre romancier japonais Yumemakura Baku, avait imaginé une adaptation en manga du Sommet des Dieux par personne d’autre que Jirô Taniguchi, le plus européen des mangakas. Connus pour ses œuvres comme Au temps de Botchan, L'Homme qui marche, Quartier Lointain, ou plus récemment, Garôden, Furari, Enemigo, Taniguchi a reçu le prix du meilleur dessin pour Le Sommet des dieux à Angoulême en 2005. Faut dire que les montagnes que dessine Jirô Taniguchi sont à couper le souffle !

Les paysages montagneux en pleine pages sont vraiment fabuleux. Les grands espaces ou les vides profonds sont d’une justesse à faire peur. On entend presque le vent en tournant les pages, et c’est à la limite de ressentir le vertige. Idéal comme je le précise, pour prendre une bouffée d’air pur. Mais l’Himalaya, ou la « demeure des neiges » est piégeuse. David évoque des doutes sur la capacité à rendre une aventure vivante et à traiter un récit de sport à cause de son graphisme et de sa façon très personnelle de raconter ses histoires. Mais l'auteur est doué pour décrire les émotions de ses personnages. David se reprend alors et souligne que Taniguchi, nous emmène dans les plus grands massifs du monde tant en montrant l’homme dans toute sa petitesse face à la montagne.
Pour Yvan, notre autre aventurier en manque de sensations fortes dans son plat pays, il ne peut que constater son envie d’escalader et précise qu’à travers un dessin manga au sommet de son art, il (Taniguchi) nous fait grimper sur le toit du monde.

Effectivement, la force de cette œuvre est bien là : dans l’accomplissement et dans l’épreuve de chaque montée solitaire ou collective. Est-ce la montagne qui décide ? Où l’homme dans un surpassement extrême ? Encore faut-il prendre la pleine mesure de ses capacités pour accéder au sommet. Sinon, c’est la chute qui l’attend... Les protagonistes de cette histoire, de ce sommet, sont des surhommes, ils vont nous le prouver et se le prouver. L’affrontement est parfaitement mis en image avec un besoin obsessionnel de réaliser l’exploit. Nous sommes en présence de recherche d’adrénaline avec une forte dose de concurrence, rude mais respectueuse. Les sensations d’effort sont parfaitement retransmises grâce au rythme imposé et bien dosé par Taniguchi. La tension entre compétiteurs se fait ressentir. Une intense atmosphère règne, c’est entraînant et passionnant.

Le Sommet des dieux est une ascension grandiose côtoyant le monde de l'alpinisme. Les termes techniques sont présent ce qui devrait attirer les amateurs de grande grimpe et ainsi consolider leurs connaissances. Mais pour les non-initiés, comme moi et mes compagnons de cordée Yvan et David, cet univers, ou tout au moins cette lecture est parfaitement abordable et aboutie. Maintenant, si à terme, il vous vient l’envie de grimper, ça n’engage que vous de vous y préparer !

 

avatar Oliv couleur

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Nahe 15/07/2012 12:29

Je l'ai lu l'an passé et c'est le mot : grandiose !