Les chemins de traverse (Le Roy & Soulman)

Publié le par k.bd

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Le Mur de séparation érigé à Jérusalem matérialise à lui seul l’impasse dans laquelle s’enlise le conflit. Il fascine Guy Delisle (« graphiquement, je trouve ça très riche »), il atterre Sarah Glidden (« Ça doit être une prison locale. Une très grande prison… Non, ce n’est pas une prison, c’est le Mur » ! )... il révolte Maximilien Le Roy




C’est avec Maximilien Le Roy (voir également son autre site) que nous rentrons dans le vif du sujet concernant le conflit israélo-palestinien. Né en 1985, Max Le Roy s’est intéressé à la situation palestinienne dans les années 2000 et se rend sur place à plusieurs reprises.

En 2009, il débute un cycle de publications consacré au conflit avec la parution de Gaza décembre 2008 – Janvier 2009, un pavé dans la mer. Le projet naît suite à une conversation téléphonique qu’il a eue avec un ami palestinien, conversation dans laquelle son ami lui énonce son souhait de se rendre à une manifestation (en Cisjordanie) contre les bombardements dans la Bande de Gaza. L’échange se solde par un « Si je ne suis pas revenu dans trois jours, c’est que je serai mort ». Déjà sensibilisé à la situation, Maximilien Le Roy décide alors de contribuer à cet élan contestataire. L’idée de réaliser un livre collectif lui semble une évidence. Il obtient rapidement le soutien d’un éditeur (La Boîte à bulles) et monte le projet en deux semaines. L’ouvrage part chez l’imprimeur en février 2009 et arrive dans les bacs des librairies dans la foulée. Dans ma chronique consacrée à cet album, j’insistais sur la diversité des acteurs qui ont participé à sa réalisation : « Politologue, photographes, grands reporters, journalistes du Monde et du Monde diplomatique, citoyens palestiniens et israéliens, historiens, cinéaste, poète, intervenants issus d’organisations comme MSF, l’Union juive française pour la Paix ou le Collectif israélien ActiveStills. (…) Leurs regards croisés sont complémentaires, chaque contribution aborde le conflit israélo-palestinien sous un angle spécifique permettant ainsi au lecteur d’accéder à un patchwork de cultures, de références et d’opinions sur la situation de/dans la Bande de Gaza ».

Par la suite, Maximilien Le Roy continue de se rendre régulièrement en Palestine. En février 2010, un nouvel album vient compléter le cycle palestinien. Il s’agit de Faire le Mur qu’il a réalisé seul après un nouveau séjour en Palestine. L’ouvrage est préfacé par Simon Bitton qui, après avoir réalisé un film documentaire sur le « Mur de la honte », revient sur les événements à l’occasion de cette sortie éditoriale où l’on fait la connaissance de Mahmoud Abu Srour, un jeune palestinien de 22 ans, ami de l’auteur. Mahmoud y décrit son quotidien et l’amertume suscitée par le conflit. Des familles entières endeuillées et humiliées. Le Mur ne se contente pas de séparer deux Etats, il sépare également des parents, des amis. Il force des paysans à laisser leurs terres agricoles en jachère car une frontière en béton les oblige à faire un détour (passage au check-point) si important qu’elle génère une perte de temps… et d’argent. Sans oublier de préciser que sa demande de passage dépend de l’humeur du soldat israélien en poste ce jour-là… Et si le Mur se trouve également sur le chemin qu’il empruntait pour aller voir ses parents ou ses cousins au village voisin, la cruauté des troupes israéliennes est telle que cet homme préférera se résigner à ne plus voir ses proches plutôt que de s’exposer aux coups voire à un emprisonnement arbitraire.
Contrairement à Gaza décembre 2008 – janvier 2009, Faire le mur s’intéresse presque exclusivement à la vision palestinienne du conflit. Il ne donne aucune clé de compréhension, n’utilise pas les grands discours, ne s’appuie pas ou peu sur les événements historiques et laisse le lecteur désœuvré. De toutes les lectures-BD traitant le conflit, « Faire le mur n'est pas la plus impartiale, mais c'est justement le point de vue interne qui est intéressant. On découvre ici le quotidien d'un Palestinien. C'est sans rancune, mais ça montre une réalité et ça pose des questions sur une situation qui prend soudain un visage révoltant » témoigne Badelel. Une lecture coup de poing, « ce livre nous dresse le portrait d'un Israël bourreau, qui cloître les Palestiniens dans un territoire de plus en plus restreint. Il nous dépeint les militaires comme des êtres sans cœur, insultant les familles et dégainant leur arme au moindre petit écart de conduite » (Lunch). On retrouve d’ailleurs ce point de vue dans Torture blanche, un album de Philippe Squarzoni publié en 2002 et réalisé à la suite d’une mission humanitaire que l’auteur avait faite avec ATTAC.

Mais retour à Maximilien Le Roy et à son cycle dédié au Proche-Orient. L’auteur boucle la boucle en juin 2010, soit quatre mois après la publication de Faire le mur (édité chez Casterman). Avec Les chemins de traverse (La Boîte à bulles), l’auteur revient à une position plus mesurée sur le conflit.
L’ouvrage se découpe en trois parties. Pour le premier témoignage, Le Roy s’associe au canadien Soulman. Ce dernier interpelle le lecteur à l’aide de son trait mordant utilisé pour illustrer le témoignage d’Osama Abu Ayash, un Palestinien de 44 ans qui décrit l’impact de la guerre sur sa vie et celle de ses proches. La seconde partie se consacre au témoignage de Matan Cohen, un Israélien ; il raconte son parcours et propose des solutions à la résolution du conflit lors d’une Conférence de soutien qu’il a donnée à la campagne internationale de boycott (lancée en 2005, suite à un appel unitaire de 170 organisations palestiniennes). Les illustrations de Maximilien Le Roy sont sobres, ce qui renforce d’autant la portée des propos du militant « percutants, pesés, pacifiques » ai-je mentionné dans mon article. Pour clore l’album, une troisième partie présente le compte-rendu d’une interview (disponible sur le site de l'auteur, cliquez sur "Entretiens") que Michel Warschawski a accordée à Maximilien Le Roy. Elle explique le point de vue de chaque camp, sans jugement de valeur et laisse entrapercevoir des perspectives pour que le dialogue reprenne entre Israël et la Palestine.

C’est sur ce discours objectif que se referme l’album. Il offre, en prime, une conclusion pertinente au cycle de Max Le Roy. Mr Zombi a été sensible à cet ouvrage qui propose des témoignages accessibles à tous du fait que « cette lecture (…) nous offre une vision peu habituelle du conflit israélo-palestinien et (...) fait beaucoup réfléchir ». Le Jury Œcuménique de la Bande dessinée récompensera cet album en janvier 2011. C’est aussi l’album que l’équipe kbd vous recommande.

Si le cycle des publications sur le conflit est terminé, Maximilien continue activement à militer et à soutenir la cause palestinienne comme en témoigne ce nouvel appel aux dons lancé en avril 2011 sur son ancien blog et destiné à soutenir l’initiative « Un bateau pour Gaza ».

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Publié dans Synthèses

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