Milady de Winter (Maupré)

Publié le par k.bd

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Une femme, pendue nue à un arbre, reprend connaissance et parvient à se défaire de sa corde. Cette femme, c'est la Comtesse de la Fère, et l'homme qui l'a pendue n'est autre que son époux, le Comte de la Fère, qui n'a pas supporté de reconnaître la marque de l'infamie sur son épaule. Après avoir commis son forfait, ce dernier a pris la poudre d'escampette. Pour la jeune est belle comtesse, il ne reste plus qu'à changer de vie et devenir un fantôme. Elle part pour l'Angleterre où elle rencontre Lord de Winter.
Milady de Winter est un nom qui n'est étranger à personne, car on l'a tous croisé dans Les trois mousquetaires (dans le roman de Dumas ou l'une des nombreuses adaptations au cinéma, à la télé ou en bande dessinée). Perfide femme de main du Cardinal de Richelieu, elle rend la vie dure aux aventureux D'artagnan, Athos, Portos et Aramis. Pourtant, Agnès Maupré redonne dans son diptyque un nouveau souffle à cette histoire vue, revue et re-revue... Sous sa plume, nous vous proposons de découvrir une Milady de Winter inédite, et des mousquetaires bien mal lotis...

Loin de reprendre le roman textuellement en collant des cases et des bulles dessus, et en faisant des ellipses parce que ça ne rentre pas, Agnès Maupré s'est littéralement emparée de l'œuvre, en a repris le contenu et modifié l'essence. Comment et pourquoi Milady de Winter est devenue ce qu'elle est ? Qu'est-ce qui l'a amenée à agir ainsi ? On prend ici l'histoire à l'envers : la méchante devient l'héroïne. Cette version remue beaucoup moins que le roman originel, elle « fleure bon le romanesque » précise Lunch, et surtout elle se concentre sur les caractères et les faiblesses des personnages. Nous saluons en tous cas la réussite de cette réécriture. Mo', qui n'apprécie que rarement le travail féminin en bande dessinée s'est laissée embarquée et en a aimé « le ton humoristique et libertin ».
Milady est présentée sous un jour nouveau. Attachante et ambigüe pour Yvan ; fragile, maligne et revancharde pour Lunch ; pétillante pour Mo' ; dense, détestable et touchante pour Zaelle ; écorchée, romantique et lucide pour David ; malmenée par la vie et héroïne du quotidien à mes yeux... Chacun se l'est appropriée et en a retiré un personnage complexe.
Pour lui faire face, une galerie de personnages pas moins inattendus qui se caractérisent par leurs défauts. Un D'Artagnan coureur et idiot, une Anne d'Autriche nymphomane, un Athos alcoolique et misogyne, un Rochefort brute sans cervelle... David développe : « quand la gent masculine apparait comme des phallocrates de première catégorie pris entre leurs pulsions sexuelles et leurs romantismes douteux, les femmes ne sont que manipulations, suffisances et imbécilités ».
Au-delà de la simple réécriture, l'auteure semble vouloir nous emmener plus loin en décrivant « une époque où les femmes n'ont pas à être autre chose qu'un joli sujet de distraction pour hommes riches » (Zaelle). « Cette BD est-elle féministe ? » s'interroge David.

Directement inspirée par l'œuvre de Sfar, Agnès Maupré présente un univers graphique très proche. Pourtant elle s'approprie ce style, y associant un lavis noir et blanc, et lui insuffle vie et rythme tout en gardant un côté aérien. Lunch en a en tous cas apprécié la pudeur. On retrouve ses encres dans une adaptation en BD des Contes du chat perché de Marcel Aymé et dans son Petit traité de morphologie. Elle a également sévi dans la série en ligne Les autres gens, illustré des romans pour enfants et participé à la version cinématographique du Chat du rabbin. On espère encore la retrouver avec son prochain projet qui se tourne cette fois vers le Chevalier d'Éon.

On l'a dit :
David : « Un portrait passionnant de femme que je rapprocherai aisément de Martha Jane Canary. »
Lunch : « L'auteure a ici fait preuve d'une grande ingéniosité. »
Mo' : « Voilà une vision (…) suffisamment intrigante pour me faire baisser la garde et m’inciter à suivre cette jeune femme. »
OliV : « Un réel plaisir de lecture. »
Yvan : « Une belle découverte ! »
Zaelle : « Tantôt drôle, tantôt tragique, mais toujours servi par le délicieux dessin d’Agnès Maupré, cette BD est un vrai régal. »
Et moi : « D'abord rebutée à l'idée de lire une énième adaptation ratée ou une réécriture molle et niaise, j'ai été conquise par la forte personnalité de cette œuvre. »

 

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Publié dans Synthèses

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