Monster (Urasawa)

Publié le par k.bd

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Pour compléter le tableau des sérial-killer de ce mois sur kbd, difficile pour nous de faire l’impasse sur Naoki Urasawa, via sa série Monster. Ce désormais célèbre mangaka de 51 ans, récompensé moult fois au Japon et en France, s’est en effet fait connaître par les lecteurs de l’Hexagone grâce à ce thriller haletant de 18 tomes. Début de publication en France en 2002 au moment où les lecteurs japonais découvraient l’ultime tome 18. Cela faisait alors cinq ans qu’ils étaient embarqués dans l’enquête puisque la prépublication de Monster a débuté en 1997 via les parutions hebdomadaires du Magazine Big Comic Original. A l’époque, la série avait fait un carton dès les premiers épisodes au pays du Soleil levant… il en sera de même chez nous. Comment ne pas citer ses autres productions tout aussi remarquées : Pluto, 20th Century Boys (qui a obtenu le Prix de la série en 2004 à Angoulême), Happy.

Le synopsis du tome 1 annonce déjà la richesse du récit.

Kenzô Tenma est un jeune mais déjà brillant neurochirurgien japonais venu exercer dans un hôpital Düsseldorf. Fiancé à la fille du directeur de l’hôpital, il est pressenti pour être nommé au très convoité poste de Chef de Service. Rien ne devrait empêcher le bon déroulement de cette succes-story. Rien si ce n’est son éthique qui le pousse à opérer un enfant de 9 ans, Johann, plutôt que le maire de la ville. Rien, si ce n’est que cette décision lui fait perdre tout espoir de carrière, sa fiancée, et l’estime d’une partie de ses collègues.
Peu de temps après, les corps du Directeur et de deux médecins sont retrouvés et les autopsies concluront à une mort par empoisonnement. Dans le même laps de temps, un avis de recherche est déclenché : Johann, le jeune patient, et sa sœur jumelle, Nina, ont disparu.
Neuf ans plus tard, Tenma a, contre toute attente, accédé au poste de Directeur de Service suite aux décès des personnes encadrantes. Cette promotion attise les suspicions de Runge, un inspecteur de police, à l’égard de la potentielle culpabilité de Tenma dans les meurtres. De plus, le hasard veut que Tenma soit le dépositaire d’un étrange témoignage de la part d’un patient. Ce dernier, terrorisé à l’idée qu’on veut le tuer, fuit l’Hôpital. Tenma le poursuit dans les rues de Düsseldorf et assiste à son exécution. L’auteur du crime n’est autre qu’un ancien patient du médecin qu’il reconnait malgré les années : Johann. C’est le début d’une lecture haletante qui se conclura 18 tomes plus loin. Johann avoue être l’auteur des empoisonnements. La traque commence.


Difficile d’être plus succinct sur la présentation de ce thriller et pourtant, ce long synopsis n’est qu’un résumé partiel du premier tome. Nous assistons à la naissance d’un tueur en série et la cavale que Tenma mène contre lui nous emmène aux quatre coins de l’Allemagne puis, plus tard, en République Tchèque.

Pour le reste, le rythme de cette série hautement addictive est soutenu (tous tomes confondus) ; pour ceux qui ont avoué : Yvan a lu la série en deux jours et moi en six. Le scénario est riche, le suspens alimenté sans relâche via de nouveaux personnages ou des rebondissements dans l’intrigue. Ce qui nous séduit généralement, c’est le fait d’accéder à des personnages complexes qu’ils soient principaux ou secondaires. Leur psychologie est travaillée, fine, et permet de faire coexister des profils divers et complémentaires. Monster nous plonge au cœur de l’être humain dans ce qu’il a de plus laid ou de plus magnifique. Sans relâche, Naoki Urasawa enrichit cet univers des regards croisés de ses personnages, permettant au lecteur d’accéder ainsi aux multiples facettes de l’intrigue. Il nous offre aussi plusieurs lectures possibles de son dénouement.

Ne nous arrêtons pas là sur la complexité du récit puisque Monster c’est aussi, par le biais de ce thriller diaboliquement prenant, une petite histoire qui s’imbrique dans une plus grande : celle de la chute du bloc de l’Est. Naoki Urasawa nous offre une lecture possible de ce qui aurait été caché par le Mur de Berlin : espionnage, expériences comportementalistes… Avant d’aborder l’aspect graphique de la série, soulignons également la qualité de la traduction française. Comme le précise l’avis de Mike, co-auteur de notre compère David sur IDDBD, Monster est une série qui nous tient en haleine. La culture japonaise y est évoquée dans certaines scènes de la vie courante (tradition, habitudes culinaires…), «l’intrigue est passionnante, fouillée, complexe (sans être compliquée), les personnages (principaux et secondaires) sont tous attachants, terriblement humains, et tout sauf stéréotypés… ». Enfin, Badelel souligne que si on peut aussi reprocher à l’auteur de se perdre en longueurs, cette impression disparait à la relecture (elle a testé pour vous !).

Quant au côté visuel de cette histoire, nous sommes face à un graphisme réaliste au trait sec et nerveux. Fluidité et bon rendu des mouvements sont les deux qualités qui émergent de nos avis individuels, rajoutons à cela une découpe de planches dynamique. Seul grief rarement abordé par notre équipe de lecteurs : des personnages secondaires parfois trop ressemblants, créant une gêne infime mais réelle sur certains passages (et amputant donc de manière éphémère la compréhension de l’histoire).

Avant de faire un aperçu rapide de nos conclusions individuelles, précisons la richesse des bonus d’albums car ils contribuent à leur manière à l’accroche : biographie de l’auteur, contexte de création de la série, recherches documentaires effectuées pour rendre l’intrigue et les décors les plus réalistes possibles, interaction avec les lecteurs via des réponses directes à leurs nombreux courriers…

Yvan, Badelel, Mike, Lunch et moi-même sommes tous très convaincus, à différents niveaux, par cette série. Lunch revient longuement sur le tome introductif et Yvan sur le tome final où il précise, et je lui emboîte le pas, qu’on sort un peu déconfis par le dénouement, sans pour autant remettre en cause la qualité de l’ensemble. Nous vous passons donc le flambeau et vous invitons à découvrir ce thriller très prenant.

Bonne lecture !

 

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Publié dans Synthèses

Commenter cet article

david 02/06/2011 18:14


C'est vrai que c'est complexe... à mon avis à lire d'une traite. Ce qui est possible car l'intrigue prend vraiment bien. Quant à la fin... ton commentaire ne me surprend pas plus que ça.


Joelle 16/05/2011 09:19


J'avais beaucoup aimé cette lecture mais à cause de la complexité de l'histoire, des différentes pistes développées et du grand nombre de personnages, j'en garde un souvenir très flou, à tel point
que j'ai carrément oublié la fin !