Pico Bogue (Roques & Dormal)

Publié le par k.bd

  entete pico

 

 

Voilà, nous en sommes déjà rendus au dernier dimanche du mois !
L'heure est venue d'aborder notre ultime lecture sur cette thématique mensuelle du comic strip.
Nous avons tout au long de nos chroniques alterné entre le fraîchement  nouveau et l'indémodable classique, notre conclusion sera l'œuvre d'un duo d'auteurs un peu atypiques – la scénariste étant la mère du dessinateur – pour une série aux faux-airs de déjà vu mais dotée d'une recette qui fonctionne à merveille : Pico Bogue !

Pico Bogue est une série qui compte aujourd'hui cinq tomes, parue au rythme soutenu d'un peu plus d'un album par an depuis son arrivée tout en douceur au printemps 2008. Je parle de douceur non seulement pour son côté artistique, mais aussi parce que le nombre de nouveautés mensuelles dans le monde de la bande dessinée est assommant, et qu'il n'est pas évident à première vue de repérer parmi tous ces titres ceux qui deviendront finalement des incontournables. En douceur parce que Pico Bogue a bâti sa notoriété sur un excellent bouche à oreille. Moi-même, il m'a été conseillé par un ami, qui l'avait découvert quelques temps auparavant. Au final ? Je suis conquis !


Mais pourquoi " Pico Bogue " d'abord ?
« J'aime le mot "bogue" parce qu'il est court et rond, parce qu'il évoque la bogue de châtaigne, et parce qu'il évoque aussi le bug de l'ordinateur et donc le pétage de plombs. "Pico", c'est pour le picot de la bogue de châtaigne. "Pico Bogue" a une sonorité qui rebondit comme une balle. »
(Dominique Roques – Interview pour BDgest)


Cette description de l'auteure est d'une incroyable justesse, car derrière l'apparat des mots se cachent de superbes fresques de la vie quotidienne, cinglantes de réparties.
Dans la lignée de Mafalda ou de Calvin & Hobbes, que le dessinateur Alexis Dormal cite comme influences, Pico Bogue se révèle être un comic strip emprunt de poésie et de finesse, d'une intelligence rare et bien entendu d'un humour débordant... débordant, mais aussi très piquant ! La faute à qui ?


« _ Devinez quand j'ai été dans 2 endroits différents au même moment !
_ Jamais ! C'est pas possible !
_ Si ! Quand j'ai été spermatozoïde chez mon père et ovule chez ma mère ! Moi et moi, on aurait pu ne pas se rencontrer, dis donc ! »

Pico, c'est le petit garçon de l'histoire. Les cheveux roux constamment en pétard, il ne cesse d'égratigner son entourage avec des réflexions hautement philosophiques issues de ses pensées d'enfant. Vous l'aurez compris, avec Pico impossible de s'ennuyer ! Ses répliques, parfois à la limite de l'effronterie, en décontenanceront plus d'un, à commencer par ses parents. Mais ses réflexions font finalement de lui quelqu'un qui est parfois plus adulte que les adultes eux-mêmes, restés sans voix.

« C'est une arnaque ! Sur la boîte, y'a écrit : "Spaghettis de blé complet". C'est pas complet ! Y'a que la tige. Pas l'épi ! »

Ana Ana suit le même chemin que son frère, prenant certainement une bonne partie de son inspiration sur lui. Petite sœur espiègle et tout en blondeur, quelquefois le souffre-douleur de Pico, elle oscille entre bouderie et rêveries poétiques, et s'avère même parfois plutôt lucide pour son âge, perçant à jour certaines facéties de son frère.

À eux deux, ils forment un duo d'enfants attendrissants et complémentaires, un poil grinçants mais toujours drôles. Je ne suis pas sûr que tous les parents apprécient ce genre de sarcasme, mais les chiens font-ils des chats ?

C'est à se demander si justement, il n'y aurait pas une part de vérité dans toutes ces répliques et cette mauvaise foi, dans le fait que Dominique Roques, la maman, ait demandé à son fils Alexis Dormal de mettre en scène ces albums.
Dans la mesure où une œuvre est toujours un peu personnelle, nous sommes en droit de nous interroger sur le degré de ressemblance entre le Pico de la BD et l'Alexis de la vie réelle.
Le linge sale se laverait-il en images dans la famille ?


Pico Bogue met donc en scène des enfants un peu particuliers, attendrissants et à la répartie facile, face à un univers adulte qu'ils appréhendent tant bien que mal, en se posant des questions existentielles. Au fil des albums Pico et Ana Ana grandissent et se retrouvent confrontés aux premiers sentiments amoureux, aux problèmes scolaires ou à la crise de l'adolescence.
Une série qui évolue mais qui sait garder toute sa fraîcheur même après cinq tomes, mettant en lumière une maturité évidente. Les répliques se renouvellent et ne perdent pas de leur saveur et de leur humour sarcastique.

Quant au dessin d'Alexis Dormal, il a aussi su évoluer et s'affiner. Le trait qui était autrefois plus épais est maintenant plus direct, assuré et assumé, allant droit à l'essentiel. Une simplicité au service du récit, qui fait parfois penser à de petites aquarelles réalisées sur un carnet de croquis. Les couleurs, déjà plutôt vives sur le premier opus, gagnent encore en force et en clarté sans perdre de leur douceur.


Souvent classée dans la jeunesse, Pico Bogue a toute sa place dans le lectorat adulte, peut-être plus à même d'apprécier à sa juste valeur les exercices de rhétorique.
Une série qui nous a unanimement enchantés, même les plus sceptiques d'entre nous comme Mo', finalement mise à l'aise dès la première scène du premier album.
Si tous les sketches ne font peut-être pas mouche tout le temps, il n'en demeure pas moins que la lecture regorge de moments drôles qui feront forcément sourire à un moment ou à un autre. Et surtout, Badelel insiste sur le fait qu'ils ne perdent rien de leur fraîcheur. Un excellent moment de lecture plein d'humour et de tendresse pour Mr. Zombi. Une agréable plongée dans un monde de l'enfance pas si tendre que ça mais grinçant de réalité pour Champi.
Je me suis pour ma part vraiment régalé à chaque tome, m'identifiant parfois aux répliques de Pico lorsque je me revoyais enfant, m'exerçant avec mes camarades de classe à des concours de répartie.

Je laisserai le mot de la fin à David F. et Paul qui se retrouvent sur un point : Des albums de bande dessinée mettant en scène des enfants s'amusant à réfléchir sur notre monde, la production BD en est pleine, mais des albums autant emplis de poésie, d'humour et d'intelligence il y en a peu. Alors ce cocktail là, qui possède autant de saveur, on a vraiment envie de le siroter longtemps.

 

 

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Lunch 14/02/2012 16:53

C'est ce décalage qui donne autant de fraîcheur en tout cas, qui rend cette série moins banale.
Nous avons tous été enchantés dans notre petite équipe par cette lecture, mais tu n'es pas la seule personne dérangée par les réflexions adultes des gamins. J'ai lu ça et là quelques avis dans ton
sens sur la toile.

Joelle 14/02/2012 15:15

Je dois faire partie des très rares qui ne sont pas ressorties totalement convaincue de cette lecture ! Le dessin me plait beaucoup, l'humour aussi mais j'ai eu du mal avec le décalage maturité des
réflexions/âge des enfants !

Lunch 29/01/2012 22:23

Une personne de bon goût assurément :)

saxaoul 29/01/2012 13:07

Je l'ai reçu dans le cadre du loto BD, génial ! J'ai hâte de le découvrir !