Sutures

Publié le par k.bd

sutures

 

Années 50. American Way Of Life.

La foi dans la science. La famille comme unité de base de la société. Le travail comme épanouissement. Bien loin de ce cadre idyllique, l’autobiographie de David Small, né en 1945, s’attache à décrire l’enfance d’un petit garçon fragile, délaissé par une mère qui ne lui donne pas de signes d’affection et par un père médecin soignant l’enfant avec d’importantes doses de rayons X. Il en héritera d’un cancer au cou.

Au-delà d’une description à contre-jour de la génération de l’atome, l’auteur nous plonge dans une famille mortifère. Pour David Small, il s’agit de revenir sur sa jeunesse pour refermer ses anciennes blessures, retisser des liens avec ses parents, tout en les décrivant avec le fil aiguisé de la vérité.

L’auteur raconte le silence destructeur qu’imposent son père et sa mère sur leurs malheurs. Ils refusent d’assumer leur rôle de parents et de reconnaître leur mariage raté. La mère, personnage complexe, n’affiche pas ses pensées et ses faiblesses. Terrible coup du sort : suite à sa maladie, David ressort quasiment muet de l’hôpital (corde vocale atteinte), privé aussi de sa capacité d’expression.

Ce royaume du silence ne sera jamais brisé. La communication passe par les expressions des visages des personnages, de leurs yeux en particulier. Le bruit joue aussi un rôle majeur dans l’album : percussions du frère de David ou bruits de vaisselle de la mère. Ce sont souvent les modes d’expression les plus frappants des personnages.

Nous suivons aussi la construction, difficile, de l’auteur. Enfant, il s’échappe brièvement dans des mondes oniriques plus ou moins inquiétants. Adolescent, on voit le fossé d’incompréhension s’élargir entre lui et sa famille, la rébellion en plus. Jeune homme, on perçoit une forme de pardon, de compassion, qu’il exprime envers ses parents. Il arrive néanmoins à s’épanouir.

Tout au long de cette autobiographie, l’auteur arrive à communiquer aux lecteurs de nombreuses émotions, qui ne donnent jamais dans le pathétique. Les ambiances graphiques (tons sombres, niveaux de gris, multiplicité des styles, cadrages surprenants) contribuent à cette œuvre sensible. De même, le trait, simple, presque dépouillé dans certains passages, sert cette narration.

Une autobiographie qui sait émouvoir certes, mais qui décrit surtout avec un ton juste une famille terrible, en utilisant de nombreux registres graphiques et une narration fluide. Pour découvrir d’autres ouvres aux thèmes similaires, nous vous invitons à lire Pourquoi j’ai tué Pierre (Olivier Ka), La Parenthèse (Elodie Durand) ou encore L’Ascension du Haut Mal (David B).

 

Les avis personnels de Mo', Yvan et moi-même vous attendent sur leurs blogs respectifs.


L’auteur – David Small

Dessinateur précoce, David Small cherche pourtant d’abord sa voie à travers des études littéraires. Se réorientant finalement vers son talent premier, il devient un auteur / illustrateur célèbre de livres pour enfants. Il reçoit de nombreux prix américains pour son travail. Son art se caractérise par un trait riche et joyeux, ainsi qu’un sens de la couleur vive. Parallèlement, il œuvre en tant que cartooniste, notamment pour le New York Times. C’est donc à 67 ans qu’il entreprend sa première bande dessinée : Sutures. Retrouvez David Small sur son site : http://davidsmallbooks.com.

 

signature paul nov 2010

Publié dans Synthèses

Commenter cet article