Swallow me whole (Powell)

Publié le par k.bd

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Ruth et Perry sont jumeaux. Ils vivent avec leurs parents et leur grand-mère dans une petite ville des États-Unis. Mais Mamou perd un peu la tête, sa santé est fragile et leurs parents sont trop occupés pour se soucier des problèmes inévitables de leurs ados. Alors, le frère et la sœur se réfugient dans un petit monde personnel. Perry dessine ce que le petit sorcier au bout de son crayon lui demande. Quant à Ruth, elle collectionne frénétiquement des insectes dans des bocaux. Normal ? Hum, pas vraiment mais c’est un secret…

De mémoire de KBDiens, l’équipe n’a jamais été aussi divisée sur un album. Swallow me whole, récompensé en 2009 par l’Eisner Award du meilleur roman graphique, est une œuvre difficile d’une grande densité graphique et narrative. Nate Powell y montre l’adolescence et ses soucis sous un jour rarement traité, presque métaphorique. Il laisse surtout une grande marge d’interprétation à ses lecteurs ce qui a eu pour effet de provoquer chez nous de vastes débats. Finalement, cet album a été reçu de façon distincte dans nos chroniques. Ce qui, entre nous, ne facilite pas les choses pour l’humble rédacteur du dimanche que je suis.

En relisant les chroniques de chacun, j’ai eu l’impression que nous ne saisissions pas obligatoirement les mêmes thématiques, en tout cas pas au même niveau de profondeur. Si certains se contentent d’y voir les soucis inhérents, quoiqu’extrêmes dans ce cas, de tous les 12-17 ans, d’autres au contraire utilisent les termes forts de folie et de schizophrénie. Différents niveaux de lectures s’ouvrent alors. Partant d’un univers et d’un graphisme plutôt réaliste, Nate Powell verse rapidement dans un double récit alternant scènes de la vie quotidienne et purs instants oniriques. Dans ces moments de rêveries, son dessin se transforme en une explosion de folies où les mots eux-mêmes jouent un rôle graphique voire sonore. Oliv’ a même cette phrase assez juste : "c’est limite d’entendre les insectes voler".

Ainsi, Nate Powell propose un récit en pointillés, alternant les saynètes, proposant de nombreuses pistes, montrant l’environnement social et culturel de ces ados. Ce processus lui permet également de jouer sur la temporalité du récit. Il dresse ainsi un double-portrait en miroir de deux personnages entre leurs 12 et leurs 16/17 ans. Nate Powell, qui a travaillé avec des adolescents atteints de troubles psychotiques, observe les évolutions de ses propres personnages. Peu à peu, on s’enfonce dans un climat de plus en plus obscur où le noir gagne graphiquement du terrain. Le drame s’installe jusqu’à cette scène finale qui laisse autant de questions que l’ensemble du récit. Une scène qui paraît inévitable et qui nous aura tous marqués.

Cependant, ce travail de « petites touches » n’est pas sans danger. Passer très rapidement d’une situation à une autre dans un rythme très aléatoire a gêné beaucoup de nos participants à cette lecture. Swallow me whole demande une attention et un état d'esprit particulier. Lunch par exemple a dû s’y reprendre à deux fois pour le terminer et Mr Zombi s'est perdu dans ce dédale. Pourtant, si ils ont été tous les deux dérangés, leur lecture s'est avérée très positive. Pour Mo’, l’auteur n’aborde que de façon très lacunaire chacun des thèmes et n’offre finalement que peu d’alternatives ou de réponses à ses lecteurs. Au contraire, je trouve que ces descriptions sont autant de fines touches qui permettent de comprendre l’entourage et la psychologie des héros, Nate Powell travaillant sans cesse sur la symbolique des événements. Entre nos deux avis, Oliv’ souligne la subtilité nécessaire pour prendre toute la mesure de l’œuvre tandis qu’Yvan n’a jamais réussi à s’identifier aux personnages. Enfin, notre petite dernière, Choco, pense au contraire que cette absence de repères permet de mieux appréhender le mécanisme hallucinatoire de Ruth et Perry.

En conclusion, je ne vous le cache pas (comme lorsque j’ai proposé ce livre à mes compères et consœurs), cet album n’est pas une lecture facile. L’adolescence est vue de sa façon la plus obscure et tout cela peut vous éclater au visage... ou bien vous toucher au cœur d’une façon très positive. A votre tour de lire et d’interpréter.

 

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Publié dans Synthèses

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David (IDDBD) 21/02/2012 12:35

Rooooh, y'en a une qui me cherche là ^^

Mo' 19/02/2012 10:19

... ou pas :P

david (IDDBD) 19/02/2012 10:17

Je n'ai pas dit que c'était juste une question d'atmosphère, j'ai dit que ça n'aidait pas trop ^^
Le pourquoi du comment ? ça dépendra de la lecture qu'on fait de l'oeuvre, il y a tellement de possibilités.

Mo' 19/02/2012 09:36

Est-ce juste une question d'atmosphère ?? "Atmosphère, atmosphère..." ^^ Par le passé, je suis pourtant parvenue à m'identifier et à être touchée par d'autres personnages atypiques (mmh... Rain Man
ça compte ??^^) mais ici, rien de tout cela

David (IDDBD) 17/02/2012 09:23

Je crois que se perdre fait un peu partie du "jeu" de cette histoire. Pas facile c'est vrai de s'identifier aux personnages. L'atmosphère assez oppressant n'aide pas trop.