Wanted (Millar & Jones)

Publié le par k.bd

  entete wanted

 

 

« Tu seras un homme, mon fils ».
Le fil conducteur du mois sur K-BD est plus que jamais d'actualité avec le titre que voilà.
« Pour lecteurs avertis », complète la quatrième de couv.
Donc vous voilà doublement avertis, OK ?

C'est donc le moment d'aller tous nous faire enculer ! (je vous avais prévenus !!)
Du début à la fin de Wanted, d'ailleurs, si l'on en croit le beau majeur tendu qui nous accueille en « sous-couverture » , et le visage grimaçant à souhait qui nous jaillit dessus en dernière page.
Mais pourquoi tant de haine ? Sans doute parce que nous ne sommes que des moutons asservis qui « se font mettre cinquante heures par semaine pour payer leurs factures de carte bleue » (je cite).

Ce qui était encore le cas de Wesley Gibson jusqu'à il y a peu : coincé entre un boulot de merde, une copine légèrement infidèle, et des voisins au mieux chiants, au pire agressifs, il avait rarement l'occasion d'être autre chose qu' « un des trouducs les plus insignifiants du XXI°siècle ».

C'est là que le « tu seras un homme, mon fils » débarque, en peignoir de bain, avec un flingue dans chaque main.
Le plus grand tueur de tous les temps.
Mais toute gloire est éphémère, et le tueur finit cible. Et son cerveau finit éparpillé sous un toit, un beau soir après la pluie.
Rideau.

Ou presque : car ce bel homme aux beaux attributs n'était autre que le père du Wesley, qui ne le savait pas. Fox, pin'up au teint halé et à la gâchette facile, dernière compagne de feu le tueur d'élite, vient l'apprendre au blondinet gringalet pendant sa pause sandwich.
A la clef : un héritage en millions sonnant et trébuchant, ou en tout cas bruissant.
La condition : marcher sur les traces (ensanglantées) du paternel.
Mais comment une lopette pareille pourrait-elle arriver à l'ongle d'orteil d'un tueur hyper-testostéroné comme son géniteur ? Grâce son ADN. Tout simplement. Ce brave Wesley, qui n'avait tenu dans ses mains, au mieux, qu'un clavier d'ordinateur ou les petits seins de sa copine, sait jouer du calibre comme personne. C'est dans ses gènes. C'est comme ça. Les mouches tombent… comme des mouches. Veaux, vaches, cochons, bipèdes suivront.

Mieux : Wesley n'est pas qu'un as de la gâchette. Il a une place bien au chaud à la suite de son père dans une organisation internationale de super-vilains qui font la pluie et surtout le mauvais temps sur terre depuis 1986, date officielle de la fin des super-héros (dans notre dimension en tout cas). Personne ne se souvient de leurs collants moulants et leur morale de boy-scouts ? Logique, les gagnants ont réécrit l'histoire et formaté les mémoires à leur convenance.
Fin de l'introduction (sic).

Alors, qui a tué Gibson père ? Quel rôle le petit Wesley joue-t-il dans le jeu des cinq chefs de gangs ? Et combien de temps les pires super-vilains peuvent-ils collaborer sans finir par se tirer dans les pattes ?

Vous l'aurez compris, Mark MILLAR a sorti l'artillerie très lourde, suivie d'une cavalerie éléphantesque et de fantassins armurés. Habitué du politiquement incorrect (Authority, Kick Ass), il a décidé de pousser le bouchon encore plus loin. Pas assez loin au goût de Zorg,  mais quand même.
Avec une débauche de violence reconnue par l'ensemble de nos chroniqueurs – logique - il déboulonne les maigres codes qui survivaient encore dans le monde des comics, comme le soulignent David et Yvan.
Un joyeux défouloir parfois un peu facile mais qui cache un double second degré.
D'une part, Paul pense que l'exagération – voire l'outrance ! - dans l'histoire comme dans les mots fait poindre une possible subversion : face au monde qui nous « moutonnise », rebellons-nous ! Et pas qu'un peu !
D'autre part – d'où la présence de ce titre dans ce thème, soyons cohérents jusqu'au bout ! - une longue et violente histoire de filiation, et de douloureux rapport au père, autant par son absence (le héros n'a plus vu le sien depuis ses … dix-huits mois !) que par son retour (même si c'est les pieds devant et la cervelle aux quatre vents). Identification, parcours initiatique, concurrence indirecte... Wesley fera-t-il aussi bien que son père ? Mieux ? Autrement ? Sait-il seulement ce qu'il veut ? Mr Zombie et David se sont penchés sur cet aspect, David appréciant l'approche assez inédite de « la paternité chez les méchants ».

Mo' n'y a pourtant vu que source d'ennui et hyper-références aux super-héros à tout crin. Difficile d'y accrocher, de suivre, d'autant plus en ayant vu le film qui en a été tiré – et dont rigoureusement ma mère m'a défendu d'parler ici.

Graphiquement, les avis sont partagés : Yvan a été avant tout accroché par la couverture, Mo' a trouvé le dessin conventionnel et assez aseptisé, Zorg le juge sans originalité. Disons que J.G. JONES a fait un boulot honnête, avec des cases bien remplies mais toujours lisibles et une composition au service de l'action.

Si nous avons tous, sauf Mo', souligné l'originalité de Wanted, le débat est ouvert : MILLAR est-il un génie subversif maniant la provoc avec brio, ou se fout-il de notre gueule en faisant semblant de passer à la moulinette psychanalyse et histoire du comics pour en fait uniquement se faire plaisir et faire du fric avec ce qui plaît le plus au public : la violence ?
Je n'aurais lu que Red Son ou Authority, j'aurais penché pour la première option.
Au vu de la dernière production du « maître » traduite dans notre petit hexagone, Nemesis, je pencherais maintenant davantage pour la seconde.

Les références évoquées dans nos diverses chroniques ne manquent pas (Transmetropolitan, Preacher, Red Son, Kick Ass) et prouvent que, quelle que soit l'issue du débat – si tant est qu'il y en ait une !! - Wanted est une BD qui dérange, et qui aborde la question de la filiation (reprenons notre fil conducteur) sous un jour plutôt nouveau.
A vous de juger, bouquin et arme au poing, à moins que vous ne préfériez retourner manger des sandwiches veggies en attendant la fin, devant vos écrans plasma géant.
On ne peut pas tout avoir, ni être des deux côtés du canon.

 

 

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